Après quelques instants de silence, il se mit à causer des grands fleuves de l’Europe.

—Le Rhin ne doit pas manquer de traditions, n’est-ce pas? dit Kitty.

—Non, mais je pense que le Rhin pousse la chose un peu loin. On ne peut s’empêcher de trouver cela un peu mélodramatique, et... commun. Avez-vous jamais vu le Rhin?

—Oh non! Ceci est à peu près la première chose que je voie. Peut-être, ajouta-t-elle gravement, et un peu tremblante de s’apercevoir qu’elle était sur le point de plaisanter avec Arbuton, que si j’avais trouvé trop de traditions sur le Rhin, je n’en trouverais pas assez sur le Saguenay.

—Vous devez admettre qu’il y a une juste mesure en tout, miss Ellison, reprit son compagnon en riant avec indulgence, et ne trouvant pas désagréable d’être taquiné par elle.

—Oui, j’ai peur, ajouta-t-elle, que nous trouvions le cap Trinité et le cap Eternité bien trop gigantesques quand nous y serons. Ne croyez-vous pas que trois mille pieds ne soient une hauteur excessive pour un paysage riverain?

Arbuton avait réellement objection aux exagérations de la nature sur ce continent, et les trouvait de mauvais goût, mais il n’avait jamais exprimé son sentiment là-dessus.

Il n’était pas sûr que ce sentiment ne fût ridicule, maintenant qu’on le lui faisait sentir, mais cette possibilité lui paraissait trop nouvelle pour qu’il l’admît d’emblée.

Néanmoins, quelques instants plus tard, lorsque la rumeur se répandit parmi les passagers que l’on approchait de ces deux principales curiosités du Saguenay, et que la foule commença à se grouper dans les endroits les plus favorables pour jouir du spectacle, il se félicita d’avoir choisi la place qu’il occupait avec Mlle Ellison, et un léger frisson d’émotion sympathique vint mettre sa supériorité dédaigneuse en échec.

Comme ils approchaient, la pluie cessa, et le nuage gris qui avait jusque-là couvert les montagnes de la côte, s’éleva comme à regret, et laissa voir leurs grandissantes altitudes.