Le capitaine fit remarquer à ceux qui l’entouraient le vaste profil romain qui se découpe dans la paroi du rocher, puis la merveilleuse ouverture qui passe pour être l’entrée d’une caverne inexplorée, et dans l’embrasure de laquelle une espèce de menhir s’était dressé durant des siècles, comme une statue, jusqu’à ce que, quelques hivers passés, la gelée qui avait miné sa base, l’eût précipité à travers la glace jusque dans les insondables profondeurs de l’abîme.
La monotone tristesse des pins se trouvait maintenant éclairée par la pâleur des bouleaux, dont les tons blanchâtres donnaient au paysage un indicible caractère de mélancolie et de vieillesse.
Tout à coup le vaisseau doubla les trois gigantesques degrés de mille pieds chacun par lesquels le cap Eternité s’élance du niveau de l’eau, et se mit à côtoyer le côté nu de la terrible falaise.
C’est une muraille de roc vif émergeant verticalement de la sombre rivière, et dressant comme avec effort son flanc désolé, en longs jets de pierre, sillonnés çà et là de profondes crevasses, jusqu’à ce que—à trois mille pieds dans les airs—son vaste front surplombe sourcilleux sous une frange de pins disséminés.
Les parois du rocher sont tachées çà et là par les intempéries ou les suintements, mais la sublimité seule captive l’œil, et c’est après coup seulement que l’on se rappelle ces détails qui, à vrai dire, sont trop peu nombreux pour produire aucun effet d’ensemble.
Le rocher paraît avoir pleinement la hauteur qu’on lui attribue.
Le regard suit de jet en jet l’ascension prodigieuse de cette masse à pic, jusqu’à ce qu’il atteigne le sommet nuageux; alors le colosse démesuré, qui semble se balancer dans l’espace et se pencher en avant, vous fait éprouver la même sensation vertigineuse qui s’empare de vous lorsque vous plongez les yeux dans les profondeurs d’un précipice. Tout cela est sévère et effrayant; nulle nuance réjouissante ne trouble l’austère majesté du spectacle.
Au pied du cap Eternité, l’eau qui est d’une profondeur inconnue arrondit sa noire surface au fond d’une anse aux rives indescriptiblement sauvages et désolées, et reprend son cours en contournant la base du cap Eternité.
Cette falaise est encore plus haute que sa sœur jumelle, mais elle s’élève en pente plus douce, et depuis le pied jusqu’à la crête, elle est entièrement couverte d’une épaisse forêt de pins.
Les bois qui jusque-là ont hérissé les côtes de leur frondaison maigre et rachitique, coupée par de longues traînées ravagées par le feu, prennent maintenant des proportions plus étendues, et se groupent en masses compactes sur le flanc de la montagne, en superposant leurs troncs par rangées, jusqu’au sommet qu’ils couronnent majestueusement de leurs panaches vert foncé, touffus, moelleux et magnifiques.