Isidore, qui, sur ces entrefaites, était venu à la cuisine, s'empressa d'aller tout répéter à M. Joseph.

«Tout est fini, lui cria-t-il dès qu'il fut à portée d'être entendu, le duc de Wellington est prisonnier, le duc de Brunswick est tué, l'armée anglaise est en déroute.... Un seul homme a pu échapper au massacre, il est en ce moment à la cuisine. Venez, venez, il vous dira tout.»

Jos s'élança aussitôt vers la cuisine, et trouva Régulus occupé à venger sa défaite sur une bouteille de bière. À l'aide des phrases les plus françaises qu'il put trouver, et qui étaient fort loin d'être irréprochables au point de vue grammatical, Joseph pria le hussard de recommencer son récit. Ce récit s'augmentait de détails de plus en plus lugubres à chaque nouvelle édition donnée par Régulus. De tout le régiment, il était le seul homme qui n'eût pas succombé à cette boucherie. Il avait vu le duc de Brunswick étendu mort, les hussards en fuite, et les Écossais hachés par le canon.

«Et le ***e?» balbutia Jos.

—Taillé en pièces,» répondit imperturbablement le hussard.

À ces mots, Pauline fut prise d'une crise nerveuse, et remplit la maison de ses cris et de ses sanglots.

«Oh! ma chère maîtresse, ma bonne petite dame!» s'écriait-elle par intervalles.

Égaré par la terreur, Jos Sedley ne savait plus à quel coin du monde demander son salut. De la cuisine il se précipita dans le salon et regarda la porte d'Amélia avec une expression suppliante; mais bientôt, se rappelant les dédains de mistress O'Dowd, il prêta l'oreille pendant un moment, et, prenant un parti énergique, résolut de s'aventurer dans la rue.

Saisissant une chandelle avec tout le courage du désespoir, il se mit à la recherche de son chapeau galonné, qu'il finit par retrouver à sa place ordinaire, sur la console de l'antichambre, devant un miroir où il avait coutume de donner le dernier coup d'œil à sa toilette. Telle est la puissance de l'habitude, que, malgré ses terreurs, il se mit instinctivement devant la glace pour passer l'inspection d'usage. À la vue de sa pâleur, il se sentit défaillir; mais ses moustaches surtout attirèrent son attention; depuis sept semaines environ qu'on leur avait permis de voir le jour, elles avaient atteint un degré de développement bien capable de lui donner des inquiétudes dans la circonstance actuelle.

«On va me prendre pour un militaire,» pensa-t-il, en se rappelant l'avis d'Isidore et les menaces de massacre proférées contre toute l'armée anglaise.