Il remonta précipitamment dans sa chambre et tira violemment la sonnette.

Isidore accourut. Jos était déjà sur sa chaise, sa cravate enlevée, son col rabattu, sa tête renversée, et les deux mains autour du cou, au-dessous du menton.

«Coupé moâ, Isidore, criait-il, vite, coupé moâ

Isidore pensa un moment que son maître, atteint d'aliénation mentale, lui disait de lui couper la gorge.

Les moustaches.... moâ vouloar descendre dans le rou.... coupé les moustaches.... rasé vite

Son français se pressait avec assez de rapidité sur ses lèvres, mais il était en révolte constante avec la grammaire.

D'un coup de rasoir, les moustaches disparurent. À la suite de cette opération, Isidore éprouva une satisfaction ineffable, lorsqu'il entendit son maître lui concéder tous ses droits de propriété sur le chapeau et l'habit si longtemps désirés.

«Moé ne porté plou le habit militaire, le bonné... donné à vou, vou le prené dehors

Isidore allait donc pouvoir enfin figurer avec avantage dans l'allée Verte.

Après cet acte de générosité, Jos prit dans sa garde-robe un habit et un gilet noirs, une cravate blanche et un castor à larges bords. Il les trouvait encore trop petits. Dans ce costume il avait toute l'allure de quelque honnête et gras ministre de l'Église réformée.