Le petit Rawdon, du reste, comme il convenait à son âge et à sa taille, préférait la société des hommes à celle des femmes, et ne se lassait jamais d'accompagner son père à l'écurie, lorsque le colonel allait y fumer son cigare et que Jim se joignait à lui pour partager cette distraction. Rawdon était aussi très-intime avec le garde-chasse du baronnet; leur goût commun pour les toutous fut le principe de cette touchante liaison. Un jour, M. James, le colonel et le garde-chasse étant allés tuer des faisans, emmenèrent avec eux le petit Rawdon. Une autre fois, ces quatre personnages se donnèrent le plaisir d'une chasse aux rats dans un grenier; ce fut pour le petit Rawdon une distraction aussi neuve que divertissante. On boucha certaines issues dans la grange; on introduisit les furets dans les autres, et, au milieu du plus grand silence, chacun attendit à son poste, le bâton levé et prêt à frapper. Le petit terrier de M. James, le célèbre Forceps, se tenait immobile et la patte en l'air, écoutant avec grande anxiété les petits cris poussés par les rats dans leur tanière. Enfin, avec le courage du désespoir, ces victimes dévouées à la mort s'élancèrent de leur souterrain. Le terrier se chargea de l'un, le garde-chasse assomma l'autre, et le petit Rawdon, dans son ardeur à frapper, manqua le rat, mais tua à moitié un furet.

Mais la grande journée fut celle d'une chasse à courre pour laquelle sir Huddlestone-Fuddlestone rassembla ses meutes à Crawley-la-Reine. Le petit Rawdon était dans l'extase de ce coup d'œil. À dix heures et demie, Tom Moody, le piqueur de sir Huddlestone-Fuddlestone, arrivait au grand trot par l'avenue du château, escorté d'une meute nombreuse. Les traînards étaient stimulés par deux valets en livrée écarlate, deux robustes gaillards qui, de leur vigoureuse monture, lançaient avec une adresse merveilleuse les coups de fouets aux récalcitrants, et savaient atteindre à l'endroit sensible ceux qui, s'écartant du gros de la bande, donnaient aux lièvres et aux lapins qui leur partaient sous le nez, une attention déplacée.

Voici ensuite le petit Jack, fils de Tom Moody, pesant cinquante livres et ayant quatre pieds de taille, hauteur qu'il ne doit jamais dépasser. Il est perché sur un grand cheval de chasse auquel on peut compter les côtes et qui est couvert d'une selle énorme. C'est l'animal favori de sir Huddlestone-Fuddlestone. D'autres chevaux montés par de jeunes grooms arrivent dans toutes les directions et précédent leurs maîtres, qui ne tarderont pas à les rejoindre.

Tom Moody s'avance jusqu'à la porte du château; là il est reçu par le sommelier, qui lui offre un coup, ce qu'il refuse. Puis, toujours à la tête de sa meute, il va se placer dans un coin réservé de la pelouse, où ses chiens se roulent sur l'herbe, jouent entre eux et se montrent les dents, ce qui pourrait dégénérer en des luttes sanglantes, s'ils n'étaient réprimés par la voix de Tom, dont les paroles sont soutenues par l'argument irrésistible du fouet.

Les chevaux arrivent toujours portant sur leur dos de petits garçons de la taille de Jack; ils ne tardent pas à être suivis des jeunes seigneurs du voisinage, crottés jusqu'aux genoux et montés sur des rosses efflanquées.

Ils entrent dans le château pour boire une goutte d'eau-de-vie et présenter aux dames leurs hommages. Ceux qui sont d'une humeur moins chevaleresque, ou qui ont plus l'usage des parties de chasse, se débarrassent de leurs bottes crottées, enfourchent leurs chevaux et se réchauffent le sang par un galop préparatoire sur la pelouse. Puis ensuite ils se rassemblent autour de la meute et causent avec Tom Moody des événements de la dernière partie, des mérites de Briffaut et de Tartaro, de la position des fourrés et de la rareté des renards.

Bientôt apparaît sir Huddlestone, monté sur un fringant coursier; il se dirige vers le château, où il entre pour présenter ses civilités aux dames; puis comme il est très-ménager de ses paroles, il s'occupe aussitôt des dispositions à prendre pour la chasse. On amène les chiens devant le château; le petit Rawdon descend pour les voir de plus près. Les caresses qu'ils lui font lui causent un certain effroi, il a peine à se défendre contre leurs coups de queue, et manque à chaque instant d'être renversé au milieu de leurs luttes que Tom Moody a toutes les peines du monde à réprimer du geste et de la voix.

Enfin, sir Huddlestone, avec toute la lourdeur dont il est capable, a enfourché son coursier favori.

«Allons, Tom, dit le baronnet, poussons une reconnaissance du côté de la Croix du diable, le fermier Mangle m'a assuré qu'il avait vu de ce côté deux renards.»

Tom Moody sonne alors une fanfare et s'élance au trot, suivi de la meute, des piqueurs, des jeunes gens de Winchester, des fermiers du voisinage et de tous les gens de la campagne, qui assistent à la chasse en sabots, et pour qui ce jour est une véritable fête. Sir Huddlestone forme l'arrière-garde avec le colonel, et tout le cortége se déroule dans les profondeurs de l'avenue.