MADAME SHUM, avec ironie. — Ah, c’est juste !… Il vous a donné un beau châle hier ; mais avec quel argent l’a-t-il acheté, ce châle ? voilà la question… Qui est-il ? Que fait-il ?… Plaise à Dieu que vous n’ayez pas épousé un assassin !… Mary, j’en ai l’intime conviction, votre mari est un affreux bandit.
(Tout le monde pleure, excepté l’enfant et moi.)
MARY. — Frédéric tient peut-être un magasin ; peut-être exerce-t-il une profession que sa fierté l’empêche d’avouer.
BETSY, la bouche pleine. — Lui, un magasin ? Non, non ! crois-moi, Mary, c’est un scélérat qui égorge les gens toute la journée, et qui te rapporte chaque soir le fruit de ses rapines.
(Ici l’enfant fait entendre des vagissements plaintifs, au milieu desquels il est impossible de saisir sa pensée. Mary lui ferme la bouche d’une façon qui paraît le satisfaire.)
MARY. — Comment Frédéric serait-il un assassin ?… Il est trop doux pour cela… D’ailleurs, les assassins exercent leur profession la nuit, et mon mari ne s’absente que pendant le jour.
BETSY. — Alors, c’est un faussaire !… Pourquoi passe-t-il ses journées loin de toi ? Pour fabriquer ses faux billets… Pourquoi ne se fait-il jamais conduire ailleurs que dans le quartier commerçant de Londres ? Parce qu’ailleurs il ne serait pas à même de changer lesdits billets. Pour moi, la chose est claire comme le jour.
MARY. — Allons donc ! Il me rapporte tous les soirs de vingt à trente shillings, rarement davantage. Un faux monnayeur ferait plus d’argent que cela !
L’ENFANT. — Glou… glou… glou…
MADAME SHUM, sans faire attention à cette interruption. — J’y suis ! Le monstre a deux femmes ; toi la nuit, l’autre le jour. Voilà la véritable cause de tout ce mystère.