LÉONATO.—Allons, ma nièce; je suis sûr, moi, que vous aimez ce gentilhomme.

CLAUDIO.—Et moi, je ferai serment qu'il est amoureux d'elle: car voici un écrit tracé de sa main, un sonnet imparfait sorti de son propre cerveau, et qui s'adresse à Béatrice.

HÉRO.—Et en voici un autre, écrit de la main de ma cousine, que j'ai volé dans sa poche et qui renferme l'expression de sa tendresse pour Bénédick.

BÉNÉDICK.—Miracle! voici nos mains qui déposent contre nos coeurs!—Allons, je veux bien de vous: mais, par cette lumière, je ne vous prends que par pitié.

BÉATRICE.—Je ne veux pas vous refuser.—Mais, j'en atteste ce beau jour, je ne cède que vaincue par les importunités; et aussi pour vous sauver la vie: car on m'a dit que vous étiez en consomption.

BÉNÉDICK.—Silence: je veux vous fermez la bouche.

(Il lui donne un baiser.)

DON PÈDRE.—Eh bien! comment te portes-tu, Bénédick, l'homme marié?

BÉNÉDICK.—Je suis bien aise de vous le dire, prince: un collège entier de beaux esprits ne me ferait pas changer d'idées par ses railleries. Pensez-vous que je m'embarrasse beaucoup d'une satire ou d'une épigramme? Non; si un homme se laisse battre par des bons mots,[57] il n'aura rien de beau sur lui. Bref, puisque j'ai tentation de me marier, je ne fais plus aucun cas de tout ce que le monde voudra en dire: ainsi ne me raillez jamais de tout ce que j'ai pu dire contre le mariage, car l'homme est un être changeant, et c'est là ma conclusion.—Quant à vous, Claudio, je m'attendais à vous rosser: mais en considération de ce que vous avez bien l'air de devenir mon parent, vivez sans blessure; et aimez ma cousine.

Note 57:[ (retour) ] Brain, cerveau et esprit, saillie, bon mot.