SICINIUS.—Nous n'entendons plus parler de lui, et nous n'avons pas à le craindre. Toutes ses ressources sont anéanties par la paix actuelle et par la tranquillité du peuple, qui auparavant était dans un horrible désordre. Ses amis rougissent à présent que le monde va à merveille sans lui. Ils aimeraient mieux, dussent-ils en souffrir eux-mêmes, voir le peuple ameuté en troupes séditieuses infester les rues de Rome, que nos artisans chanter dans leurs ateliers, et aller en paix à leurs travaux.

(Ménénius paraît.)

BRUTUS.—Nous avons bien fait de tenir bon.—N'est-ce pas là Ménénius.

SICINIUS.—C'est lui, c'est lui. Oh! oh! il s'est bien adouci depuis quelque temps!—Salut, Ménénius.

MÉNÉNIUS.—Salut, vous deux.

SICINIUS.—Votre Goriolan n'est pas fort regretté, si ce n'est par ses amis. Vous le voyez, la république subsiste encore, et continuera de subsister, en dépit de tout son ressentiment.

MÉNÉNIUS.—Tout est bien, et aurait pu être encore mieux, s'il avait pu temporiser.

SICINIUS.—Où est-il allé? en savez-vous quelque chose?

MÉNÉNIUS.—Non, je n'en ai rien appris: sa mère et sa femme n'ont eu de lui aucunes nouvelles.

(Arrivent trois ou quatre citoyens.)