BÉLARIUS.--Ces fuyards? Est-ce de nous qu'il parle? Je le reconnais à demi. Oui, c'est Cloten, c'est le fils de la reine. Je crains quelque embûche; je ne l'ai pas revu depuis tant d'années, et pourtant je suis certain que c'est lui: on nous tient pour proscrits, éloignons-nous.
GUIDÉRIUS.--Il est tout seul; vous et mon frère, cherchez à découvrir si quelqu'un l'accompagne; de grâce, allez, et laissez-moi seul avec lui.
(Bélarius et Arviragus sortent.)
CLOTEN.--Arrêtez. Qui êtes-vous, vous qui fuyez? Sans doute quelques vils montagnards: j'ai ouï parler de ces gens-là. (A Guidérius.)--Qui es-tu, esclave?
GUIDÉRIUS.--Je n'ai jamais fait d'acte plus servile que celui de répondre au nom d'esclave sans t'assommer.
CLOTEN.--Tu es un brigand, un infracteur des lois, un misérable... Rends-toi, voleur.
GUIDÉRIUS.--A qui? à toi? Qui es-tu? N'ai-je pas un bras aussi robuste que le tien,--un coeur aussi fier? Ton langage, je l'avoue, est plus arrogant; moi, je ne porte point mon poignard dans ma langue. Parle, qui es-tu donc pour que je doive te céder?
CLOTEN.--Vil insolent, ne me reconnais-tu pas à mes habits?
GUIDÉRIUS.--Non, coquin, ni ton tailleur, qui fut ton grand-père, car il a fait ces habits qui te font ce que tu es, à ce qu'il me semble.
CLOTEN.--Adroit varlet, ce n'est pas mon tailleur qui les a faits.