(Il sort.)
(Alarme, bruit de trompettes, retraite.)
SCÈNE VI
LA PUCELLE, CHARLES, RENÉ, ALENÇON, et des soldats paraissent sur les remparts.
LA PUCELLE.--Arborons nos étendards déployés sur les murs. Orléans est délivré des loups anglais. Ainsi Jeanne la Pucelle a accompli sa parole.
CHARLES.--Divine créature, fille brillante d'Astrée, de quels honneurs assez grands te payerai-je ce succès? Tes promesses ressemblent aux jardins d'Adonis, qui donnaient un jour des fleurs et le lendemain des fruits. France, triomphe et réjouis-toi de ta glorieuse prophétesse. La ville d'Orléans est regagnée: jamais bonheur plus signalé n'est échu à notre empire.
RENÉ.--Pourquoi donc toutes les cloches de la ville n'annoncent-elles pas notre victoire? Dauphin, commandez aux citoyens d'allumer des feux de joie, et de célébrer des fêtes et des banquets dans les rues et les places, pour célébrer le bonheur que Dieu vient de nous accorder.
ALENÇON.--Toute la France sera dans la joie, quand elle apprendra quel mâle courage nous avons montré.
CHARLES.--C'est à Jeanne, et non à nous, que ce beau triomphe est dû. En reconnaissance, je veux partager ma couronne avec elle; tous les prêtres, tous les religieux de mon royaume chanteront en choeur ses immortelles louanges. Je veux lui élever une pyramide plus magnifique que ne fut jamais celle de la Rhodope de Memphis. En mémoire d'elle, quand elle sera morte, ses cendres, enfermées dans une urne plus précieuse que le coffre aux riches diamants de Darius, seront portées aux fêtes solennelles devant les rois et les reines de France. Ce ne sera plus saint Denis que nous invoquerons; Jeanne la Pucelle sera désormais la patronne de la France. Entrons, et après ce beau jour de victoire, allons nous réjouir dans un banquet royal.
(Fanfare. Ils sortent.)