WARWICK.--Il me semble que Sa Grandeur devrait être plus modeste; il ne convient pas à un prélat de parler ainsi.

SOMERSET.--Il en a le droit, lorsque son caractère sacré est si vivement offensé.

WARWICK.--Sacré ou profane, qu'importe? Sa Grâce n'est-elle pas le protecteur du roi?

PLANTAGENET, à part.--Plantagenet, je le vois, doit ici garder le silence: on pourrait lui dire: «Attendez pour parler, que vous en ayez le droit. Votre avis téméraire doit-il se mêler aux débats des lords?» Sans cette crainte, j'aurais déjà lancé un trait à Winchester.

LE ROI.--Glocester, et vous, Winchester, mes oncles, vous les premiers gardiens de notre Angleterre, je voudrais vous prier, si les prières avaient sur vous quelque empire, de réconcilier vos coeurs dans la paix et l'amitié. Oh! quel scandale pour notre couronne que deux nobles pairs tels que vous soient en discorde! Croyez-moi, lords, ma jeunesse peut dire que la discorde civile est un ver funeste qui ronge le coeur de l'État. (On entend un grand bruit en dehors avec ces cris: «A bas, à bas la livrée jaune!») Quel est ce tumulte?

WARWICK.--C'est une émeute, j'ose l'assurer, commencée par la furie des gens de l'évêque.

(On entend encore ces cris: Des pierres! des pierres!)

(Entre le maire de Londres avec son escorte.)

LE MAIRE.--O mes dignes lords! ô vertueux Henri! prenez pitié de la cité de Londres, prenez pitié de nous. Les gens de l'évêque et ceux du duc de Glocester, malgré la défense récente de porter aucune arme, ont rempli leurs poches de pierres, et, se rangeant en bandes ennemies, les font pleuvoir si violemment les uns sur les autres que nombre d'hommes ont la tête fracassée; on brise nos fenêtres le long des rues, et dans notre alarme nous avons été forcés de fermer nos boutiques.

(Entrent, en se battant et la tête ensanglantée, les gens de Glocester et ceux de Winchester.)