WARWICK.--Milord protecteur, cédez.... Cédez, Winchester; à moins que vous ne vouliez, par votre obstination, égorger aussi votre souverain et bouleverser le royaume. Vous voyez quels désastres, quels meurtres sont l'ouvrage de votre inimitié! Réconciliez-vous donc si vous n'êtes pas altérés de sang.

WINCHESTER.--Qu'il commence par se soumettre ou je ne céderai jamais.

GLOCESTER.--Ma tendre compassion pour le roi me commande de céder; sans quoi, je verrais le coeur de ce prêtre arraché de ses entrailles, avant qu'il pût se vanter de cet avantage sur moi.

WARWICK.--Voyez, milord Winchester, voyez; le duc a déjà banni toute furieuse colère: son front adouci vous l'annonce. Pourquoi paraissez-vous encore si farouche et si menaçant?

GLOCESTER.--Voilà ma main, Winchester; je te l'offre.

LE ROI.--C'est une honte, Beaufort! Je vous ai entendu prêcher que la haine était un grave et énorme péché: ne pratiquerez-vous pas la morale que vous enseignez? Voulez-vous être le premier à la transgresser?

WARWICK.--Bon roi! le prélat est touché.--Allons, milord Winchester, quelle honte! apaisez-vous. Quoi! un enfant vous enseignera-t-il votre devoir?

WINCHESTER.--Eh bien, duc de Glocester, je veux bien te céder. Je te rends amour pour amour, et j'unis ma main à la tienne.

GLOCESTER, à part.--Oui, mais je crains bien que ce ne soit d'un coeur mensonger.... (Haut.) Voyez, mes amis, mes chers compatriotes: ce gage est un signal de trêve entre nous et tous nos serviteurs; que Dieu m'assiste, comme il est vrai que je ne dissimule rien.

WINCHESTER, à part.--Que Dieu m'assiste, comme ce n'est pas là mon intention.