EXETER, seul.--Oui: nous pourrions bien voyager en France ou en Angleterre, sans prévoir les événements qui nous menacent. Le feu de cette dernière dissension, qui s'est élevée entre ces pairs, couve sous les cendres trompeuses d'une fausse amitié, et éclatera bientôt en flammes terribles; ainsi que les membres gangrenés se corrompent par degrés, jusqu'à ce que la chair, les os et les nerfs tombent en dissolution, de même se développera cette jalouse et fatale haine; et je crains bien l'accomplissement de cette sinistre prédiction qui, du temps de Henri V, était dans la bouche des enfants à la mamelle: Que le Henri né à Monmouth gagnerait tout, et que le Henri né à Windsor perdrait tout. Cela est si probable que le voeu d'Exeter est de finir ses jours avant de voir ces temps désastreux.

SCÈNE II

En France.--Devant Rouen.

Entrent LA PUCELLE DÉGUISÉE ET DES SOLDATS vêtus en paysans, portant des sacs sur le dos.

LA PUCELLE.--Voici les portes de la ville, les portes de Rouen, dont il faut que notre adresse nous ouvre l'entrée. Soyez sur vos gardes, faites bien attention à vos paroles; parlez comme des paysans de la campagne, qui viennent au marché vendre leur blé. Si nous parvenons à entrer, comme j'en ai l'espérance, et que nous ne trouvions qu'une garde faible et négligente, d'un signal j'avertirai nos amis, afin que le dauphin Charles vienne attaquer les Anglais.

UN SOLDAT.--Les sacs que nous portons préparent le sac de la ville, et nous serons bientôt maîtres et seigneurs de Rouen. Allons, frappons aux portes.

(Ils frappent.)

LA SENTINELLE.--Qui va là?

LA PUCELLE.--Paysans, pauvres gens de France; de pauvres fermiers qui viennent vendre leur blé.

LA SENTINELLE.--Entrez, entrez; la cloche du marché a déjà sonné.