CHARLES.--Qu'elle brille comme une comète vengeresse et présage la ruine de nos ennemis!
ALENÇON.--Ne perdons pas de temps; les délais finissent mal: entrons à l'instant, en criant: Vive le dauphin! et égorgeons les sentinelles.
(Ils entrent.)
(Alarme. Arrive Talbot suivi de quelques Anglais.)
TALBOT.--France, tes larmes expieront cette trahison, si Talbot survit à cette perfidie. C'est la Pucelle, cette sorcière, cette infernale magicienne, qui a ourdi cette trame diabolique et nous a surpris; à grand'peine avons-nous échappé au malheur de servir d'ornement à l'orgueil de la France.
(Une alarme. Sortie, escarmouche. Entrent Bedford, transporté mourant sur un siége hors de la ville, Talbot, le duc de Bourgogne et les troupes anglaises. La Pucelle, Charles, le Bâtard, Alençon et autres paraissent sur les remparts.)
LA PUCELLE.--Salut, mes braves: avez-vous besoin de blé pour faire du pain? Je crois que le duc de Bourgogne jeûnera quelque temps avant d'en racheter une seconde fois à pareil prix: il était plein d'ivraie. En aimez-vous le goût?
LE DUC DE BOURGOGNE.--Raille, raille, vil démon, courtisane effrontée. Je me flatte qu'avant peu nous t'étoufferons avec ton blé, et que nous te ferons maudire la moisson que tu viens de faire.
CHARLES.--Votre Altesse pourrait bien mourir de faim avant ce moment-là.
BEDFORD.--Oh! que des actions et non des paroles nous vengent de cette trahison!