LA PUCELLE.--Hé! que ferez-vous, pauvre vieillard à la barbe grise? Prétendez-vous rompre une lance et porter un coup mortel, assis et défaillant sur votre chaise?
TALBOT.--Odieux démon de France, sorcière dévouée à l'opprobre, qui te fais suivre sans pudeur de tes lascifs galants, te convient-il d'insulter son honorable vieillesse et de braver lâchement un homme à demi mort? Ma belle, je veux faire assaut avec toi, ou que Talbot périsse dans l'ignominie.
LA PUCELLE.--Vous êtes bien vif, seigneur.--Mais nous, restons en paix; si Talbot commence à tonner, la pluie suivra bientôt. (Talbot et les autres Anglais délibèrent ensemble.) Que Dieu préside à votre parlement! Qui de vous sera l'orateur?
TALBOT.--Oseras-tu sortir et venir nous joindre en plaine?
LA PUCELLE.--En vérité, Votre Seigneurie nous prend donc pour des insensés, en nous proposant de remettre en question si ce qui nous appartient est à nous?
TALBOT.--Ce n'est point à cette moqueuse Hécate que je parle; c'est à toi, Alençon, et aux autres chevaliers. Voulez-vous venir et combattre en soldats?
ALENÇON.--Non, seigneur.
TALBOT.--Au diable avec ton seigneur!--Vils muletiers de France! Ils se tiennent sur les murailles comme d'ignobles paysans, et n'osent prendre les armes en gentilshommes.
LA PUCELLE, à Alençon et autres seigneurs.--Capitaines, quittons ces remparts: le regard de Talbot ne nous annonce rien de bon. Que Dieu soit avec vous, milord! Nous étions venus simplement pour vous dire que nous étions ici.
(La Pucelle et les Français descendent des remparts.)