TALBOT.--Et nous y serons aussi avant peu, ou que l'ignominie devienne la gloire de Talbot. Jure, duc de Bourgogne, par l'honneur de ta maison offensée des outrages publics que te fait souffrir la France; jure de reprendre la ville ou de périr: et moi, aussi sûr que Henri d'Angleterre respire, que son père est entré ici en conquérant, et que le grand coeur de Richard Coeur de Lion est enseveli dans cette ville que la trahison vient de nous enlever, je jure de la reprendre ou de mourir.

LE DUC DE BOURGOGNE.--J'associe mon voeu au tien.

TALBOT.--Mais, avant de partir, prenons soin de ce héros mourant, du vaillant duc de Bedford.--(A Bedford.) Venez, milord; nous allons vous placer dans un lieu plus sûr, et plus favorable pour votre état languissant et votre grand âge.

BEDFORD.--Lord Talbot, ne me déshonore pas à ce point. Je veux rester ici, assis devant les murs de Rouen; et partager encore vos succès ou vos revers.

LE DUC DE BOURGOGNE.--Courageux Bedford, laissez-vous persuader.

BEDFORD.--Non, je ne quitterai point ce lieu; je me souviens d'avoir lu que jadis l'intrépide Pendragon, mourant, se fit porter dans sa litière au champ de bataille, et vainquit ses ennemis. Il me semble que d'ici je ranimerai encore les coeurs de nos soldats: je les ai toujours trouvés tels que j'étais moi-même.

TALBOT.--O courage invincible dans un corps mourant! Eh bien, soit: que le Ciel garde en sûreté le vieux Bedford! et nous, maintenant, brave duc de Bourgogne, nous n'avons plus qu'à rassembler les troupes qui sont sous notre main, et à fondre sur notre insolent ennemi.

(Ils sortent.)

(Alarme. Sorties, escarmouche. Entrent sir Jean Fastolffe et un capitaine.)

LE CAPITAINE.--Où va sir Jean Fastolffe, à pas si précipités?