(Alarme. Entrent Talbot, le duc de Bourgogne et autres.)

TALBOT.--Perdue et reprise en un jour! C'est un double honneur, duc de Bourgogne! Mais que le Ciel ait toute la gloire de cette victoire.

LE DUC DE BOURGOGNE.--Brave Talbot, le duc de Bourgogne t'ouvre un sanctuaire dans son coeur, et y grave tes nobles exploits en monument de ta valeur.

TALBOT.--Duc, je te rends grâces.--Mais où est la Pucelle maintenant? Je pense que son démon familier est endormi. Où sont maintenant les bravades du Bâtard, et les railleries de Charles? Quoi, tous évanouis! Rouen est dans le deuil, et gémit d'avoir perdu de si braves hôtes!--A présent mettons quelque ordre dans la ville, en y plaçant des officiers expérimentés, et allons ensuite à Paris, rejoindre le roi: car le jeune Henri y est avec sa cour.

LE DUC DE BOURGOGNE.--Tout ce que veut le lord Talbot plaît au duc de Bourgogne.

TALBOT.--Mais, avant de partir, n'oublions pas le noble duc de Bedford, qui vient de mourir: assistons à ses obsèques dans la ville. Jamais plus brave guerrier ne tint sa lance en arrêt; jamais caractère plus aimable ne gouverna une cour. Mais les rois et les plus fiers potentats doivent mourir. C'est le terme des misères humaines.

(Ils sortent.)

SCÈNE III

Entrent CHARLES, LE BATARD, ALENÇON, LA PUCELLE et des troupes.

LA PUCELLE.--Princes, ne vous découragez pas pour un revers, et ne gémissez plus de voir Rouen retomber aux mains de l'ennemi. Le chagrin n'est point un remède, mais bien plutôt un corrosif pour des maux auxquels il n'y a point de remède. Laissez le frénétique Talbot triompher un moment, et, comme un paon, étaler fièrement sa queue: nous lui arracherons ses brillantes plumes, et tout son orgueilleux appareil, si vous voulez vous laisser conduire par mes avis.