CHARLES.--C'est vous qui nous avez guidés jusqu'ici, et nous nous sommes confiés en votre habileté: un échec inattendu n'éveillera pas notre défiance.
LE BATARD.--Cherchez dans votre génie quelque ressource heureuse, et nous publierons votre renommée dans l'univers.
ALENÇON.--Nous placerons ta statue dans quelque lieu sacré, et nous t'y révérerons comme une sainte. Agis donc, admirable vierge, et travaille à notre succès.
LA PUCELLE.--Eh bien, voici ce que Jeanne propose. Par un discours insinuant et de douces paroles, nous captiverons le duc de Bourgogne, et le déterminerons à quitter Talbot pour nous suivre.
CHARLES.--Ah! chère Jeanne, si nous pouvions gagner cela, la France ne serait plus remplie des guerriers de Henri: cette nation ne serait plus si fière avec nous, et nous l'extirperions de nos provinces.
ALENÇON.--L'Anglais serait pour jamais chassé de la France, et n'y conserverait pas le titre d'un seul comté.
LA PUCELLE.--Vos seigneurs seront témoins de la manière dont je vais m'y prendre pour parvenir au but que vous désirez. (On entend battre le tambour.) Écoutez; au son de ces tambours vous pouvez reconnaître que l'armée anglaise marche vers Paris. (Une marche anglaise. Entrent et passent à distance Talbot et ses troupes.) Voilà Talbot qui s'avance, enseignes déployées, et suivi de toutes les troupes anglaises. (Une marche française. Entrent le duc de Bourgogne et ses troupes.) Ensuite viennent à l'arrière-garde le duc et sa troupe. La fortune nous seconde en le faisant rester ainsi, en arrière. Faites demander un pourparler; nous entrerons en conférence avec lui.
(On sonne pour demander un pourparler.)
CHARLES.--Un pourparler avec le duc de Bourgogne.
LE DUC DE BOURGOGNE.--Qui demande une conférence avec le duc de Bourgogne?