LE ROI.--Grand Dieu! quel délire insensé s'empare des hommes, pour nourrir, sur des causes si légères, sur des prétextes si frivoles, ces haines jalouses et factieuses? Nobles cousins, York, et vous, Somerset, calmez-vous, je vous prie, et vivez en paix.
YORK.--Que d'abord un combat vide cette querelle, et ensuite Votre Majesté nous commandera la paix.
SOMERSET.--Cette querelle n'intéresse que nous seuls: laissez-nous donc la vider ensemble.
YORK.--Voilà mon gage; relève-le, Somerset.
VERNON.--Non, que la querelle reste là où elle a commencé.
BASSET, à Somerset.--Oui; daignez le permettre, mon honorable seigneur.
GLOCESTER.--Le permettre? Maudits soient vos débats, et vous et vos audacieux propos! vassaux présomptueux, n'êtes-vous pas honteux de venir troubler et inquiéter le roi et nous de vos indiscrètes et insolentes clameurs?--Et vous, milords, il me semble que vous ayez grand tort de souffrir leurs mutuels reproches; et beaucoup plus encore de prendre occasion des querelles de vos vassaux pour éveiller la discorde entre vous-mêmes. Laissez-moi vous persuader de suivre un parti plus sage.
EXETER.--Ceci désole Sa Majesté. Chers lords, soyez amis.
LE ROI.--Approchez, vous qui demandez le combat.--Je vous enjoins désormais, si vous êtes jaloux de notre faveur, d'oublier pour toujours cette querelle et sa cause.--Et vous, milords, souvenez-vous du lieu où nous sommes; en France, au milieu d'une nation inconstante et légère. S'ils surprennent la dissension dans nos regards, s'ils s'aperçoivent que nous soyons divisés, combien leurs coeurs, déjà irrités, se porteront aisément à la désobéissance et à la révolte! Et quel déshonneur pour vous si les princes étrangers viennent à apprendre que pour un rien, une chose sans importance, les pairs d'Angleterre et la première noblesse du roi Henri se sont détruits eux-mêmes et ont perdu le royaume de France? Oh! songez à la conquête de mon père, à ma tendre jeunesse, et ne sacrifiez pas pour une bagatelle le prix de tant de sang. Laissez-moi être l'arbitre de votre différend. Je ne vois aucune raison, si je porte cette rose (il prend une rose rouge), de faire soupçonner à personne que j'incline plus pour Somerset que pour York: tous deux sont mes parents, et je les aime tous deux. On pourrait donc aussi me reprocher ma couronne, parce que le roi d'Écosse est aussi couronné. Mais vos lumières peuvent bien mieux vous persuader que mes raisonnements et mes avis. Allons, nous sommes venus ici en paix, continuons de vivre en paix et en bonne amitié. Cousin d'York, nous vous établissons régent de ces contrées de la France; et vous, noble lord de Somerset, unissez votre cavalerie à son infanterie, et comme des sujets fidèles, dignes fils de vos pères, vivez en bon accord et déchargez votre ressentiment sur nos ennemis. Nous, le lord protecteur et les autres lords, après quelque repos, nous reprendrons le chemin de Calais: de là nous repasserons en Angleterre, où j'espère apprendre avant peu vos victoires sur Charles, sur Alençon et cette bande de traîtres.
(Une fanfare, ils sortent.)