WARWICK.--Milord d'York, le jeune roi, à mon avis, vient de parler avec beaucoup d'éloquence.
YORK.--J'en conviens; mais ce qui me déplaît, c'est qu'il porte la livrée de Somerset.
WARWICK.--Bon! c'est une pure fantaisie: ne l'en blâmez pas. J'ose assurer que cet aimable prince n'a en cela nulle intention d'offenser.
YORK.--Et moi, si je m'y connais bien, je l'en soupçonne.--Mais laissons cela.--Nous nous devons en ce moment à d'autres soins.
(Ils sortent.)
EXETER, seul.--Tu as bien fait, Richard, d'étouffer ta voix; car si la passion de ton coeur avait éclaté, je crains bien que nous n'eussions pu y voir plus de rancune haineuse et des discordes plus acharnées qu'il n'est possible de l'imaginer. Il n'est point d'homme si borné qui, en voyant ces violentes dissensions de la noblesse, ces discordes au sein de la cour, ces partis réunissant leurs serviteurs en bandes factieuses, ne prévoie dans l'avenir quelque événement funeste. C'est un malheur quand le sceptre est dans la main d'un enfant; mais c'est un bien plus grand malheur encore quand la rivalité enfante ces divisions cruelles: alors approche la ruine, alors commence la confusion.
SCÈNE II
Devant les murs de Bordeaux.
Entre TALBOT, suivi de trompettes et de tambours.
TALBOT.--Trompette, avance aux portes de Bordeaux, et somme le gouverneur de paraître sur le rempart. (La trompette sonne.--Le gouverneur paraît sur les murs.) Capitaines, Jean Talbot d'Angleterre, homme d'armes et vassal de Henri, roi d'Angleterre, vous appelle sous vos murs et vous dit: Ouvrez les portes de votre ville; rendez-vous à nous; reconnaissez mon souverain pour le vôtre, rendez-lui hommage en sujets soumis, et alors je me retire avec ces troupes qui vous menacent. Mais si vous dédaignez la paix que je vous propose, vous tentez les trois fléaux qui suivent mes pas: la famine amaigrie, le fer tranchant et le feu dévorant. Ces trois monstres abaisseront bientôt au niveau du sol vos hautes et orgueilleuses tours, si vous repoussez l'offre de notre amitié.