(Entre un messager.)

LE MESSAGER.--Nobles pairs, je suis venu d'Irlande en grande diligence pour vous informer que les peuples se sont révoltés, et ont passé les Anglais au fil de l'épée. Envoyez un prompt secours, milords, et hâtez-vous d'arrêter leur furie avant que le mal devienne incurable; car, tandis qu'il est dans sa nouveauté, on peut espérer d'y porter remède.

LE CARDINAL.--C'est une brèche qui demande qu'on la répare promptement. Quel conseil donnez-vous dans cet urgent péril?

YORK.--Que Somerset y soit envoyé comme régent. Il est à propos d'employer un heureux administrateur; il a eu tant de succès en France!

SOMERSET.--Si York, avec sa politique tortueuse, avait été régent à ma place, il n'eût jamais tenu en France aussi longtemps.

YORK.--Non pas, certes, pour la perdre tout entière comme tu l'as fait. J'aurais plutôt perdu la vie à propos que de rapporter dans ma patrie ce fardeau de déshonneur, en m'arrêtant si longtemps jusqu'à ce que tout fût perdu. Montre-moi sur ta peau la marque d'une blessure. Une chair si bien conservée remporte rarement la victoire.

MARGUERITE.--Eh quoi! cette étincelle va devenir un incendie violent, si on s'accorde à l'exciter et à l'entretenir. York, cher Somerset, contenez-vous.--Si on t'eût chargé de la régence, ta fortune, York, eût peut-être été pire encore que la sienne.

YORK.--Quoi? pire que rien? Mais que la honte les engloutisse!

SOMERSET.--Et toi avec, qui nous désires la honte.

LE CARDINAL.--Milord York, éprouvez votre fortune: les sauvages Kernes d'Irlande sont en armes, et trempent la terre avec le sang des Anglais. Voulez-vous conduire en Irlande une troupe d'hommes d'élite choisis séparément sur chaque comté, et essayer votre bonheur contre les Irlandais?