YORK.--Je le veux bien, milord, si c'est le bon plaisir de Sa Majesté.
SUFFOLK.--Notre autorité dirige son consentement. Ce que nous établissons, il le confirme toujours. Allez donc, noble York, et chargez-vous de cette tâche.
YORK.--Je l'accepte. Ayez soin de me fournir des soldats, milord, tandis que je mettrai ordre à mes affaires particulières.
SUFFOLK.--C'est un soin dont je me charge, lord York. Revenons à présent au perfide duc Humphroy.
LE CARDINAL.--N'en parlons plus. Je ferai ses affaires de telle sorte, que dorénavant nous n'aurons plus à nous en inquiéter: ainsi, brisons là. Le jour baisse; lord Suffolk, vous et moi, nous avons quelque chose à régler ensemble sur cet événement.
YORK.--Milord de Suffolk, dans quinze jours j'attendrai mes soldats à Bristol; c'est là que je les embarquerai pour l'Irlande.
SUFFOLK.--J'aurai soin que tout soit bien préparé, milord d'York.
(Tous sortent excepté York.)
YORK.--A présent, York, ou jamais, donne à tes timides pensées la trempe de l'acier, et change enfin tes doutes en résolutions. Sois ce que tu espères être, ou cède à la mort ce que tu es, et qui ne mérite pas d'être conservé. Laisse la pâle crainte à l'homme né dans la bassesse; elle ne doit point trouver asile dans un coeur de race royale. Pressées comme les gouttes d'une ondée de printemps, les pensées succèdent dans mon âme aux pensées, et pas une qui ne tende au pouvoir. Mon cerveau plus actif que l'araignée laborieuse, ourdit de pénibles trames pour envelopper mes ennemis.--A merveille, nobles, à merveille, c'est un trait de votre haute prudence de m'envoyer avec un corps de soldats. Je crains bien que vous ne fassiez que réchauffer le serpent affamé qui, ranimé dans votre sein, vous percera le coeur. Il me manquait des hommes et vous allez me les donner. Je vous en sais bon gré, mais soyez sûrs que vous placez des épées tranchantes dans les mains d'un furieux. Tandis qu'en Irlande j'entretiendrai des forces redoutables, je veux susciter en Angleterre quelque noire tempête, dont le souffle envoie dix mille âmes au ciel ou en enfer; et cet ouragan terrible ne s'apaisera que lorsque, placé sur ma tête, le cercle d'or, semblable aux rayons perçants du soleil, calmera la violence de ce tourbillon furieux. J'ai déjà séduit, pour me servir d'instrument, un habitant de Kent, le fougueux Jean Cade d'Ashford; il doit, sous le nom de Jean Mortimer, exciter un soulèvement aussi étendu qu'il lui sera possible. J'ai vu en Irlande cet indomptable Cade combattre seul une troupe de Kernes, et se défendre si longtemps que ses cuisses hérissées de traits offraient presque l'aspect d'un porc-épic redressant ses dards, et lorsque enfin il eut été secouru, je le vis sauter en se relevant sur ses pieds comme un danseur moresque, et secouant les dards sanglants comme celui-ci agite ses sonnettes. Souvent, sous l'apparence d'un rusé Kerne aux cheveux ébouriffés il s'est introduit parmi les ennemis, et sans être découvert il est revenu vers moi me rendre compte de leurs perfides projets. Ce démon sera mon substitut dans ces lieux; car dans son port, dans ses traits, dans le son de sa voix, il ressemble en tout à Jean Mortimer qui n'est plus. Par là je sonderai les dispositions du peuple, et je connaîtrai s'il est disposé en faveur de la maison et des prétentions d'York. Supposons qu'il soit pris, martyrisé, mis à la torture: parmi les tourments qu'on lui peut infliger je n'en connais pas un qui soit capable de lui arracher l'aveu que c'est à mon instigation qu'il a pris les armes. Supposons qu'il prospère, comme cela est vraisemblable, j'arriverai d'Irlande à la tête de mes troupes et recueillerai la moisson qu'aura semée ce coquin; car Humphroy mort, comme il va l'être, et Henri mis de côté, le reste est à moi.
(Il sort.)