LE ROI.--Lord Say, Jack Cade a juré d'avoir ta tête.
SAY.--Oui, mais j'espère que Votre Majesté aura la sienne.
LE ROI.--Eh quoi, madame, toujours vous lamentant, toujours pleurant la mort de Suffolk! Ah! je crains, ma bien-aimée, que, si j'étais mort à sa place, vous ne m'eussiez pas tant pleuré.
MARGUERITE.--Non, mon bien-aimé, je ne pleurerais pas, mais je mourrais pour toi.
(Entre un messager.)
LE ROI.--Quoi? Quelles nouvelles apportes-tu? Pourquoi arrives-tu en si grande hâte?
LE MESSAGER.--Les rebelles sont dans Southwark. Fuyez, seigneur; Cade se proclame lord Mortimer, descendant de la maison du duc de Clarence. Il traite hautement Votre Majesté d'usurpateur, et il jure de se couronner lui-même dans Westminster. Il a pour armée une multitude déguenillée de paysans, d'ouvriers, gens grossiers et sans pitié. La mort de sir Humphroy Stafford et de son frère leur a donné coeur et courage pour marcher en avant. Tout homme sachant lire et écrire, homme de loi, courtisan, gentilhomme, est, selon eux, une vilaine chenille, et qu'il faut mettre à mort.
LE ROI.--O les malheureux! Ils ne savent ce qu'ils font.
BUCKINGHAM.--Mon gracieux seigneur, retirez-vous à Kenel-Worth, jusqu'à ce qu'on ait levé des troupes pour faire main-basse sur eux.
MARGUERITE.--Oh! si le duc de Suffolk vivait encore, les rebelles de Kent seraient bientôt soumis.