PETRUCHIO.--Je suis né à Vérone, le fils du vieillard Antonio; mon père étant mort, ma fortune commence à vivre pour moi, et j'espère voir de longs et heureux jours.
GREMIO.--Oh! monsieur, ce serait une chose bien étrange qu'une pareille vie avec une pareille femme! Mais si vous vous sentez ce courage, allons vite à l'oeuvre, au nom de Dieu! Vous pouvez compter sur mon secours en tout. Mais sérieusement, est-ce que vous voulez faire votre cour à ce chat sauvage?
PETRUCHIO.--Veux-je vivre?
GRUMIO, à part.--S'il veut lui faire sa cour? oui, ou elle ira au diable.
PETRUCHIO.--Et pourquoi suis-je venu ici, si ce n'est dans cette résolution? Croyez-vous que mes oreilles s'épouvantent de quelque bruit? N'ai-je pas entendu dans ma vie des lions rugir? N'ai-je pas vu la mer battue des vents courroucés comme un sanglier écumant et suant de rage? N'ai-je pas entendu une batterie de canons dans la plaine, et l'artillerie des cieux tonner sous leur voûte? N'ai-je pas, dans une bataille rangée, entendu les clameurs confuses, les coursiers hennissants, les trompettes éclatantes? Et vous venez me parler de la langue d'une femme qui ne peut jamais faire dans l'oreille le bruit d'une châtaigne qui éclate dans la cheminée d'un fermier? Bah, bah! c'est aux enfants qu'il faut faire peur des fantômes.
GRUMIO, à part.--Oh! il n'en craint aucun.
GREMIO.--Hortensio, écoutez: ce gentilhomme est heureusement arrivé, à ce que me dit mon pressentiment, pour son avantage et pour le nôtre.
HORTENSIO.--J'ai promis de l'aider de nos services et de porter une partie du fardeau de ses avances, quoi qu'il en soit.
GREMIO.--Et j'y consens aussi, moi, bien volontiers, pourvu qu'il vienne à bout de l'obtenir.
GRUMIO, à part.--Je voudrais être aussi sûr d'un bon dîner. (Entrent Tranio, richement vêtu, et Biondello.)