HORTENSIO, à Tranio.--Monsieur, permettez-moi de vous faire une question: avez-vous jamais vu la fille de Baptista?
TRANIO.--Non, monsieur; mais j'apprends qu'il a deux filles: l'une fameuse par sa méchante langue, autant que l'autre l'est par sa modestie et sa beauté.
PETRUCHIO.--Monsieur, monsieur, la première est pour moi; mettez-la de côté.
GREMIO.--Oui, laissez cette tâche au grand Hercule, et ce sera plus que ses douze travaux.
PETRUCHIO.--Monsieur, écoutez et comprenez bien ce que je vais vous dire.--La plus jeune fille, à laquelle vous prétendez, est tenue par son père loin de tout accès aux demandes; et son père ne la promettra à personne que sa soeur aînée ne soit mariée la première. Ce ne sera qu'alors que la cadette sera libre, et non avant.
TRANIO.--Si cela est ainsi, monsieur, et que vous soyez l'homme qui deviez nous servir tous, et moi comme les autres, si vous rompez la glace, et que vous veniez à bout de cet exploit, que vous fassiez la conquête de l'aînée, et que vous nous ouvriez l'accès auprès de la cadette; celui qui aura le bonheur de la posséder ne sera pas assez mal né pour être un ingrat.
HORTENSIO.--Monsieur, vous parlez à merveille, et vous avez bien compris. Puisque vous vous déclarez ici pour un des aspirants, vous devez, comme nous, servir ce cavalier à qui nous sommes tous redevables.
TRANIO.--Monsieur, je ne resterai point en arrière; et pour vous le prouver, voulez-vous que nous passions l'après-dînée ensemble, que nous vidions à la ronde des rasades à la santé de notre maîtresse, et que nous agissions comme les avocats qui combattent avec chaleur au barreau, et puis mangent et boivent en bons amis.
GREMIO.--O l'excellente motion! Amis, partons.
HORTENSIO.--La motion est bonne en effet; accédons-y.--Petruchio, je serai votre bon venuto.