LE BOUFFON.—Par ma foi! non, monsieur, quoiqu'il vous plaise d'être un de mes amis.
LE DUC.—Tu ne diras pas que tu sois mal par ma faute: voilà de l'or.
LE BOUFFON.—Si ce n'est que cela aurait l'air de duplicité, monsieur, je voudrais que vous pussiez redoubler.
LE DUC.—Ah! tu me donnes là un mauvais conseil.
LE BOUFFON.—Mettez votre grandeur dans votre poche, seigneur, pour cette seule fois, et laissez obéir la chair et le sang.
LE DUC.—Allons, je veux bien être assez grand pécheur pour me rendre coupable de duplicité: voilà une seconde pièce.
LE BOUFFON.—Primo, secundo, tertio, c'est un beau jeu, et le vieux proverbe dit que la troisième fois paye pour toutes les autres: les triples, monsieur, sont une vive et joyeuse mesure; et les cloches de Saint-Bennet, monsieur, peuvent vous rappeler, une, deux, trois.
LE DUC.—Tu ne m'attraperas plus d'argent ce coup-ci. Si tu veux faire savoir à ta maîtresse que je suis ici pour lui parler, et l'amener avec toi, cela pourrait encore réveiller ma générosité.
LE BOUFFON.—Ah! monsieur, bercez-la, votre générosité, jusqu'à ce que je revienne; j'y vais, monsieur. Mais je ne voudrais pas que vous crussiez que mon désir d'avoir est le péché de convoitise. Mais comme vous le dites, monsieur, je vous en prie, que votre générosité fasse un somme, et je viendrai la réveiller tout à l'heure.
(Le bouffon sort.)