FABIAN.—Fort bien!
SIR TOBIE, lisant.—«Tu me tueras comme un lâche et un vaurien.
FABIAN.—Bon! Vous vous mettez toujours au-dessus du vent de la loi.
SIR TOBIE, lisant.—«Porte-toi bien; et que Dieu fasse merci à l'une de nos deux âmes; il pourrait faire merci à la mienne; mais j'espère mieux que cela, et ainsi songe à toi. Ton ami, selon que tu le traiteras, et ton ennemi juré. «ANDRÉ AGUE-CHEEK.»
—Si cette lettre n'est pas capable de le mouvoir, ses jambes ne le pourront pas davantage. Je veux la lui remettre.
MARIE.—Vous avez une belle occasion pour cela: il a maintenant un entretien avec madame et il va partir prochainement.
SIR TOBIE.—Allons, sir André; attends-le au coin du verger, en vrai prévôt: du plus loin que tu l'apercevras, dégaine; et en tirant ton épée, jure à faire peur, car il arrive souvent qu'un effroyable serment, prononcé d'un accent insultant et d'une voix foudroyante, vaut plus d'applaudissements au courage que ne lui en auraient gagné les preuves mêmes. Allons, pars.
SIR ANDRÉ.—Oh! laissez-moi le soin de jurer comme il faut.
(Il sort.)
SIR TOBIE.—Maintenant.... je ne lui donnerai pas la lettre; car les manières du jeune gentilhomme me prouvent qu'il est intelligent et bien élevé: la négociation où il est employé entre son maître et ma nièce le confirme; en conséquence cette lettre, chef-d'oeuvre d'ignorance, n'inspirerait aucune terreur au jeune homme, et il s'apercevrait aisément qu'elle vient d'un butor. Mais, voyez-vous, je lui rendrai le défi de bouche; je vanterai sir André pour avoir la réputation d'un brave; et j'inspirerai au jeune homme (que son âge rendra crédule, je le sais) la plus formidable idée de sa fureur, de sa science, de sa rage, et de son impétuosité. Et cela les épouvantera si fort tous deux, qu'ils se tueront mutuellement de leur regard, comme des basilics.