LOUIS.--Je le fais, seigneur; et dans son oeil, je trouve une merveille ou un miracle merveilleux, l'ombre de moi-même tracée dans son oeil; et cette ombre, quoique n'étant que l'ombre de votre fils, devient un soleil, et fait de votre fils une ombre. Je proteste que je ne me suis jamais tant aimé, que depuis que je vois ainsi mon portrait tiré dans le tableau flatteur de son oeil.
(Il parle bas à Blanche.)
LE BATARD.--Tiré dans le tableau flatteur de son oeil, pendu au pli de son sourcil froncé, et écartelé dans son coeur!--Lui-même il s'annonce pour un traître à l'amour. Ce serait vraiment pitié qu'un aussi sot imbécile fût pendu, tiré et écartelé dans un aussi aimable objet [12].
Note 12:[ (retour) ]
Drawn in the flattering table of her eye
Hang'd in the frowning wrinkle of her brow
And quarter'd in her heart.
Faulconbridge joue ici sur les trois mots: drawn (peint et tiré), hang'd (suspendu et pendu), et quarter'd (mis en quartiers, et écartelé, terme de blason).
BLANCHE.--La volonté de mon oncle, sous ce rapport, est la mienne. S'il voit en vous quelque chose qui lui plaise, ce qu'il y voit, ce qui lui plaît, je puis facilement le transporter dans ma volonté, ou, si vous voulez, pour parler plus convenablement, l'imposer facilement à mon amour. Je ne veux point vous flatter, mon prince, en vous disant que tout ce que je vois en vous est digne d'amour; seulement, je ne vois rien en vous que je puisse, même en vous donnant pour juge les pensées les plus sévères, trouver digne de haine.
LE ROI JEAN.--Que disent ces jeunes gens? Que dites-vous, ma nièce?
BLANCHE.--Qu'elle est obligée, en honneur, à faire tout ce que vous daignerez décider dans votre sagesse.
LE ROI JEAN.--Parlez donc, seigneur dauphin, pouvez-vous aimer cette princesse?
LOUIS.--Demandez plutôt si je puis m'empêcher de l'aimer, car je l'aime très-sincèrement.
LE ROI JEAN.--Avec elle je te donne les cinq provinces du Vexin, de la Touraine, du Maine, de Poitiers et de l'Anjou; et j'ajoute encore à cela trente mille marcs d'Angleterre.--Philippe de France, si tu es content, ordonne à ton fils et à ta fille d'unir leurs mains.