Note 19: [(retour) ]
Page d'honneur, place de cour abolie par Élisabeth; le henchman des highlanders était leur échanson.
TITANIA.—Mettez votre coeur en repos. Tout le royaume des fées n'achèterait pas de moi cet enfant: sa mère était initiée à mes mystères; et maintes fois la nuit, dans l'air parfumé de l'Inde, elle a bavardé auprès de moi; maintes fois, assise à mes côtés sur les sables dorés de Neptune, elle observait les commerçants embarqués sur les flots. Après que nous avions ri de voir les voiles s'enfler, et s'arrondir sous les caresses du vent, elle se mettait à vouloir les imiter, et d'une démarche gracieuse et balancée, poussant en avant son ventre, riche alors de mon jeune écuyer, comme un vaisseau voguant sur la plaine, elle m'allait chercher des bagatelles, pour revenir ensuite à moi, comme d'un long voyage, chargée d'une précieuse cargaison. Mais l'infortunée étant mortelle, est morte en donnant la vie à ce jeune enfant, que j'élève pour l'amour d'elle; c'est pour l'amour de sa mère que je ne veux pas me séparer de lui.
OBERON.—Combien de temps vous proposez-vous de rester dans le bois?
TITANIA.—Peut-être jusqu'après le jour des noces de Thésée. Si vous voulez vous mêler patiemment à nos rondes, et assister à nos ébats au clair de la lune, venez avec nous; sinon, évitez-moi, et je ne troublerai pas vos retraites.
OBERON.—Donnez-moi cet enfant, et je suis prêt à vous suivre.
TITANIA.—Pas pour votre royaume.—Allons, fées, partons. Nous passerons toute la nuit à quereller, si je reste plus longtemps. (Titania sort avec sa suite.)
OBERON.—Eh bien! va, poursuis; mais tu ne sortiras pas de ce bosquet que je ne t'aie tourmentée, pour me venger de cet outrage.—Mon gentil Puck, approche ici. Tu te souviens d'un jour où j'étais assis sur un promontoire, et que j'entendis une sirène, portée sur le dos d'un dauphin, proférer des sons si doux et si harmonieux, que la mer courroucée s'apaisa aux accents de sa voix, et maintes étoiles transportées s'élancèrent de leur sphère pour entendre la musique de cette fille de l'Océan?
PUCK.—Oui, je m'en souviens.
OBERON.—Eh bien! dans le temps, je vis (mais tu ne pus le voir, toi) Cupidon tout armé[20] voler entre la froide lune et la terre: il visa au coeur d'une charmante Vestale, assise sur un trône d'Occident; il décocha de son arc un trait d'amour bien acéré, comme s'il eût voulu percer d'un seul coup cent mille coeurs. Mais je vis la flèche enflammée du jeune Cupidon s'éteindre dans les humides rayons de la chaste lune, et la prêtresse couronnée, le coeur libre, continua sa marche, plongée dans ses pensées virginales[21]. Je remarquai où vint tomber le trait de Cupidon; il tomba sur une petite fleur d'Occident.—Auparavant elle était blanche comme le lait, depuis elle est pourpre par la blessure de l'amour; et les jeunes filles l'appellent pensée[22]: va me chercher cette fleur. Je te l'ai montrée une fois. Son suc, exprimé sur les paupières endormies d'un homme ou d'une femme, les rend amoureux fous de la première créature vivante qui s'offre à leurs regards. Apporte-moi cette fleur, et sois revenu ici avant que le Léviathan ait pu nager une lieue.
Note 20: [(retour) ]
O Maraviglia! Amor ch'a pena è nato
Gia grande vola, gia triunfa armato.