LUCETTE.—Vraiment, madame, vous pouvez dire ce que vous voyez. Je vois aussi les choses, bien que vous vous imaginiez que je ferme les yeux.

JULIE.—Allons, allons, vous plaît-il de me suivre?

(Elles sortent.)

SCÈNE III

Appartement de la maison d'Antonio.

ANTONIO ET PANTHINO.

ANTONIO.—Dites-moi, Panthino, quel est le grave discours que mon frère vous tenait dans le cloître?

PANTHINO.—Il parlait de son neveu Protéo, de votre fils.

ANTONIO.—Et qu'en a-t-il dit?

PANTHINO.—Il s'étonne que Votre Seigneurie souffre qu'il passe ici sa jeunesse, tandis que tant d'autres pères, de moindre distinction, envoient voyager leurs fils pour chercher de l'avancement, les uns à la guerre pour y tenter fortune, les autres à la découverte des îles lointaines[19], d'autres pour s'instruire dans les universités savantes. Il dit que votre fils Protéo était propre à réussir dans la plupart de ces exercices, et même dans tous; et il me conjurait de vous importuner de ne plus lui laisser perdre son temps au logis, car ce serait un grand inconvénient pour lui, dans un âge avancé, de ne pas avoir voyagé dans sa jeunesse.