Entrent lady MACDUFF, son JEUNE FILS, ROSSE.

LADY MACDUFF.—Qu'avait-il fait qui pût le forcer à fuir son pays?

ROSSE.—Ayez patience, madame.

LADY MACDUFF.—Il n'en a pas eu, lui. Sa fuite est une folie; à défaut de nos actions, ce sont nos frayeurs qui font de nous des traîtres.

ROSSE.—Vous ne savez pas si ç'a été en lui sagesse ou frayeur.

LADY MACDUFF.—Sagesse! de laisser sa femme, laisser ses petits enfants, ses biens, ses titres dans un lieu d'où il s'enfuit! Il ne nous aime point, il ne ressent point les mouvements de la nature. Le pauvre roitelet, le plus faible des oiseaux dispute dans son nid ses petits au hibou. Il n'y a que de la frayeur, aucune affection, et tout aussi peu de sagesse, dans une fuite précipitée ainsi contre toute raison.

ROSSE.—Chère cousine, je vous en prie, gouvernez-vous; car, pour votre époux, il est généreux, sage, judicieux, et connaît mieux que personne ce qui convient aux circonstances. Je n'ose pas trop en dire davantage; mais ce sont dis temps bien cruels que ceux où nous sommes des traîtres sans nous en douter nous-mêmes, où le bruit menaçant arrive jusqu'à nous sans que nous sachions ce qui nous menace, et ou nous flottons au hasard, sans nous diriger, sur une mer capricieuse et irritée[35]. Je prends congé de vous; vous ne tarderez pas à me revoir ici. Les choses arrivées au dernier degré du mal doivent s'arrêter ou remonter vers ce qu'elles étaient naguère.—Mon joli cousin, que le ciel veille sur vous.

LADY MACDUFF.—Il a un père, et pourtant il n'a point de père.

ROSSE.—Je suis si peu maître de moi-même, que si je m'arrêtais plus longtemps, je me perdrais et ne ferais qu'ajouter à vos peines. Adieu, je prends congé de vous pour cette fois.

LADY MACDUFF.—Mon garçon, votre père est mort: qu'allez-vous devenir? Comment vivrez-vous?