BIRON.--Ni l'un ni l'autre; je vous les abandonne tous deux.--Je devine le fin mot.--Il y a eu ici un complot (parce qu'elles ont été instruites d'avance de notre divertissement); elles ont tout disposé pour le battre en ruine comme une comédie de Noël. Quelque rediseur, quelque patelin, quelque mauvais bouffon, quelque flagorneur, quelque écuyer tranchant, quelque plaisant à qui l'excès du rire a ridé les joues, et qui sait comment il faut s'y prendre pour faire rire la princesse, lorsqu'elle est de belle humeur, a dévoilé d'avance tout notre projet; et sur cette découverte, les dames ont changé de présents; et nous, déçus par les couleurs auxquelles nous pensions les reconnaître, nous n'avons fait la cour qu'au signe trompeur qui nous a égarés. A présent, pour aggraver notre parjure, nous sommes parjures encore une fois, la première par notre bonne volonté, et la seconde par notre méprise. (A Boyet.) Et ne serait-ce pas vous-même qui auriez éventé notre secret et notre plan de divertissement pour nous rendre ainsi parjures? N'avez-vous pas trouvé la mesure du pied de la princesse[74]? Ne savez-vous pas toujours sourire à ses yeux, et vous tenir debout entre son dos et le feu, portant une assiette et faisant le bouffon? Vous avez déconcerté notre page dans son discours: allez, tout vous est permis; mourez quand vous voudrez, une jupe vous servira de linceul. Vous me lorgnez d'un oeil malin, n'est-il pas vrai? Vous avez un oeil qui blesse comme une épée de plomb.

Note 74: Phrase proverbiale; flatter quelqu'un, et s'insinuer dans ses bonnes grâces.

BOYET.--Cette brave lice a été vigoureusement courue jusqu'au bout.

BIRON.--Voyez, il joute encore: en voilà assez; moi, j'ai fini. (Entre Costard.) Te voilà venu fort à propos, «tout esprit;» tu viens terminer une belle dispute.

COSTARD.--«O mon Dieu, monsieur,» ils voudraient savoir si les trois héros [75] viendront ou non.

Note 75: Shakspeare veut tourner en ridicule l'histoire des neuf preux.

BIRON.--Comment, est-ce qu'ils ne sont que trois?

COSTARD.--Non, monsieur; mais cela est fort beau, car chacun en représente trois.

BIRON.--Et trois fois trois font neuf.

COSTARD.--Non pas, monsieur; sous votre bon plaisir, monsieur, j'espère qu'il n'en est pas ainsi: vous ne pouvez pas demander notre interdictions[76], monsieur; je vous le proteste, monsieur, nous savons ce que nous savons.--J'espère que trois fois trois, monsieur?