BOYET.--A qui appartiennent-elles?

MARIE.--A mon destin et à moi.

LA PRINCESSE.--Les beaux esprits se querellent, les esprits bien faits s'entendent: la guerre civile des beaux esprits serait bien plus à propos déclarée au roi de Navarre et à ses studieux courtisans; ici elle est un abus.

BOYET, à la princesse.--Si mon observation, qui rarement est en défaut et qui suit l'éloquence muette du coeur, exprimée par les yeux, ne me trompe pas, le roi de Navarre est atteint.

LA PRINCESSE.--De quoi?

BOYET.--De ce que les amants appellent inclination.

LA PRINCESSE.--Votre raison?

BOYET.--La voici: toute son âme s'était retirée dans ses yeux, où perçaient ses secrets désirs. Son coeur, tel qu'une agate, empreint de votre image, et fier de cette empreinte, exprimait son orgueil dans ses yeux. Sa langue, impatiente de parler sans voir, trébuchait en voulant courir à la hâte dans ses yeux. Tous ses sens se sont rendus dans celui-là, pour ne plus faire que regarder la plus belle des belles. Il m'a semblé que tous ses sens étaient contenus dans son oeil, comme des joyaux qu'on offre à un prince dans un cristal pour les lui faire acheter. En vous présentant leur mérite dans le globe où ils étaient enchâssés, ils vous faisaient signe de les acheter sur votre passage. L'admiration était si ardente dans tous les traits de son visage, que tous les yeux voyaient ses yeux enchantés de l'objet de ses regards... Je vous donne l'Aquitaine et tout ce qui appartient à Navarre, si vous lui accordez en ma considération seulement un tendre baiser.

LA PRINCESSE.--Allons, regagnons notre tente: Boyet est en train...

BOYET.--Oui, d'exprimer en paroles tout ce qu'ont révélé ses yeux. Je n'ai fait que leur prêter une voix qui, je le sais, ne mentira pas.