LE PEINTRE, au poète.—Vous êtes plongé, monsieur, dans la composition de quelque ouvrage? Quelque dédicace au grand Timon?

LE POÈTE.—C'est une chose qui m'est échappée sans y penser: notre poésie est comme une gomme qui coule de l'arbre qui la nourrit. Le feu caché dans le caillou ne se montre que lorsqu'il est frappé; mais notre noble flamme s'allume elle-même, et, comme le torrent, franchit chaque digue dont la résistance l'irrite. Qu'avez-vous là?

LE PEINTRE.—Un tableau, monsieur.—Et quand votre livre paraît-il?

LE POÈTE.—Il suivra de près ma présentation.—Voyons votre tableau.

LE PEINTRE.—C'est un bel ouvrage!

LE POÈTE, considérant le tableau.—En effet, c'est bien, c'est parfait.

LE PEINTRE.—Passable.

LE POÈTE.—Admirable! Que de grâce dans l'attitude de cette figure! Quelle intelligence étincelle dans ces yeux! Quelle vive imagination anime ces lèvres! On pourrait interpréter ce geste muet.

LE PEINTRE.—C'est une imitation assez heureuse de la vie. Voyez ce trait; vous semble-t-il bien?

LE POÈTE.—Je dis que c'est une leçon pour la nature; la vie qui respire dans cette lutte de l'art est plus vivante que la nature.