TIMON.—Assaisonner tes aliments.

APÉMANTUS.—Va, tu n'as jamais connu le juste milieu de l'humanité; mais seulement l'un on l'autre extrême. Au milieu de ton or et de tes parfums, on se moquait de toi pour ton excès de délicatesse. Maintenant, sous tes haillons, tu n'en connais plus aucune et on te méprise pour l'excès contraire. Voici une nèfle, mange-la.

TIMON.—Je ne mange point ce que je hais.

APÉMANTUS.—Et tu hais une nèfle[23]?

Note 23:[ (retour) ] Jeu de mots: meddlar, nèfle, et meddler, un homme qui se mêle de tout, un flatteur, un intrigant.

TIMON.—Oui, parce que tu lui ressembles.

APÉMANTUS.—Si tu avais haï plus tôt les flatteurs, tu t'aimerais toi-même davantage aujourd'hui. Quel prodigue as-tu jamais connu qui ait été jamais aimé après la perte de ses moyens?

TIMON.—As-tu jamais connu un homme qui fût aimé sans les moyens dont tu parles?

APÉMANTUS.—Moi.

TIMON.—Je te comprends; tu as quelques moyens pour avoir un chien.