SECOND SEIGNEUR.--Je n'aspire à rien de mieux, si vous voulez.
HÉLÈNE.--Recevez mon voeu, et que le puissant Amour l'exauce! C'est ainsi que je prends congé de vous.
LAFEU.--Est-ce qu'ils la refusent tous [23]? S'ils étaient mes enfants, je les ferais fouetter, ou je les enverrais au Grand-Turc pour les faire tous eunuques.
[Note 23: ][ (retour) ] Lafeu et Parolles sont à quelque distance, et ne peuvent encore deviner ce qui se passe.
HÉLÈNE, à un autre seigneur.--Ne craignez point que je prenne votre main: je ne vous ferai jamais de tort, par égard pour vous. Que le ciel bénisse vos désirs! et si jamais vous vous mariez, puissiez-vous trouver une plus belle compagne dans votre lit!
LAFEU.--Ces jeunes gens sont des garçons de glace: aucun ne veut d'elle: ce sont des bâtards des Anglais; jamais des Français ne les ont engendrés.
HÉLÈNE, à un autre seigneur.--Vous êtes trop jeune, trop heureux et trop noble, pour vous donner un fils formé de mon sang.
QUATRIÈME SEIGNEUR.--Je ne crois pas cela, ma belle.
LAFEU.--Il reste encore une grappe... Je suis sûr que ton père buvait du vin.--Mais si tu n'es pas une imbécile, je suis, moi, un jeune homme de quatorze ans: je te connais déjà bien.
HÉLÈNE, à Bertrand.--Je n'ose vous dire que je vous prends: c'est moi qui me donne tout entière à vous, pour vous servir toute ma vie.--Voilà celui que je choisis.