ALEXANDRE.—On dit que c'est un homme perse, et qui se tient tout seul[4].
Note 4: [(retour) ]
Stands alone, stat solus, proéminent; to stand veut dire aussi se tenir debout, de là l'équivoque.
CRESSIDA.—On en peut dire autant de tous les hommes, à moins qu'ils ne soient ivres, malades, ou sans jambes.
ALEXANDRE.—Cet homme, madame, a volé à plusieurs animaux leurs qualités distinctives. Il est aussi vaillant que le lion, aussi grossier que l'ours, aussi lent que l'éléphant: c'est un homme en qui la nature a tellement accumulé les humeurs diverses, qu'en lui la valeur se mêle à la folie, et que la folie est assaisonnée de prudence: il n'y a pas un homme qui ait une vertu dont il n'ait une étincelle, un défaut dont il n'ait quelque teinte. Il est mélancolique sans sujet et gai à rebrousse-poil. Il a des jointures pour tous ses membres; mais tout en lui est si démanché, que c'est un Briarée goutteux avec cent bras dont il ne peut faire usage, un Argus aveugle avec cent yeux dont il ne voit pas clair.
CRESSIDA.—Mais comment cet homme, qui me fait sourire, peut-il exciter le courroux d'Hector?
ALEXANDRE.—On dit qu'il a lutté hier avec Hector dans le combat et qu'il l'a terrassé. Furieux et honteux depuis cet affront, Hector n'en a ni mangé ni dormi.
(Entre Pandare.)
CRESSIDA.—Qui vient à nous?
ALEXANDRE.—Madame, c'est votre oncle Pandare.
CRESSIDA.—Hector est un brave guerrier.