TROÏLUS.—Y a-t-il des gens pareils? Nous n'en sommes pas. Mesurez vos louanges sur l'épreuve que vous faites de nous, accordez-nous le degré de mérite que nous témoignons; notre tête restera nue jusqu'à ce que le mérite la couronne; nulle perfection à venir ne recueillera d'éloges anticipés; ne nommons point le mérite avant sa naissance; et lorsqu'il sera né, ses titres seront modestes; peu de paroles et beaucoup de foi. Voilà ce que Troïlus sera pour Cressida, tout ce que l'envie pourra inventer de plus noir sera de ridiculiser ma constance, et tout ce que la vérité pourra dire de plus vrai ne sera pas plus sincère que Troïlus.

CRESSIDA.—Voulez-vous entrer, seigneur?

(Pandare revient.)

PANDARE.—Quoi, vous rougissez encore? N'avez-vous donc pas fini de jaser ensemble?

CRESSIDA.—Eh bien! toutes les folies que je fais, je vous les consacre.

PANDARE.—Je vous en rends grâces: oui, si le seigneur Troïlus a un fils de vous, vous me le donnerez: soyez-lui fidèle; et s'il vous délaisse, c'est moi que vous gronderez.

TROÏLUS.—Vous connaissez à présent nos otages; la parole de votre oncle et ma foi constante.

PANDARE.—Oh! j'engagerai sans crainte ma parole pour elle aussi: les filles de notre famille sont longtemps à se laisser faire l'amour; mais une fois gagnées, elles sont constantes; ce sont de vrais glouterons, je puis vous l'assurer; elles s'attachent là où on les jette.

CRESSIDA.—La hardiesse commence à me venir, et me rend le courage, prince Troïlus; je vous ai aimé nuit et jour depuis de bien longs mois.

TROÏLUS.—Pourquoi donc ma Cressida a-t-elle tardé si longtemps à se laisser vaincre?