A propos de ce zoliste, justement oublié, le couple Deffoux-Zavie, qui connaît le groupe de Medan comme son Pater (mieux, peut-être) m’a conté que le somnolent naturaliste vit, un vilain matin, deux policiers bourrus pénétrer dans son logis de la rue des Apennins « une chambrette tapissée de bleu comme celle d’une rosière », précisait le narrateur, presque attendri.
— Vous êtes bien le sieur Paul Alexis ?
— Parfaitement.
— Enfin, nous vous tenons ! Vous êtes condamné à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée ; suivez-nous !
Anéanti, le pauvre diable fut conduit au commissariat, puis au Dépôt, puis au Cherche-Midi, menottes aux poignets. Il fallut douze jours et vingt-quatre interrogatoires pour convaincre l’autorité que le médiocre chroniqueur du Cri du Peuple n’avait rien de commun avec son homonyme, lieutenant des « Vengeurs de la Mort », recherché depuis l’écrasement de la Commune.
Toutes les fois qu’Alexis dit « Trublot » narrait cette mésaventure, et il la narrait souvent, il ne manquait pas d’ajouter :
— Ce qui m’a le plus dégoûté, c’est qu’en me relâchant ces cochons m’ont dit : « Tâchez moyen qu’on ne vous y reprenne plus ».
CHAPITRE VI
Chabrier juge Massenet. — Mlle Madeleine de Swarte me juge dans les “Fourberies de Papa”. — Gounod juge Gustave Charpentier. — Le tragédien Silvain, navigateur et tireur à cinq. — Armand Silvestre et ses maîtresses. — Le génie de Wagner et les ridicules de Bayreuth. — “Claudine s’en va.” — Mlle Polaire et “Siegfried”. — La chemise d’un sociétaire et M. Raymond Roussel.
C’est en écrivant à Lutèce que je fis la connaissance de Sarcey ; celle, aussi, d’un compositeur dont les gens même qui craignaient la musique appréciaient certaines amusettes mélodico-zoologiques, canards qui se dandinent, gros dindons ébouriffés d’orgueil, petits cochons roses dont la ballade recèle une modulation amenée cocassement, la queue en vrille, toute une basse-cour en liesse que ne font pas oublier les récents Bestiaires, plus raffinés, de Poulenc, dans lesquels, ainsi que dans les Histoires naturelles de Ravel, le talent abonde.