La franchise de Chabrier ne me laissa pas ignorer ce qu’il pensait de cette partition, l’une des moins réussies de Massenet :
— Mon bonhomme, me dit-il, c’est de la sous-merde.
Cette parole définitive me donna le goût de la critique musicale.
Dans les Fourberies de Papa, où sa piété filiale me met en scène, considérablement embelli, Mlle Madeleine de Swarte invente une très curieuse profession de foi du « six » Georges Auric, au cours de laquelle il est question de Gounod, remis à la mode par les novateurs du dernier Dancing, les polytonaux désireux de dépasser les audaces d’Albéric Magnard qui, au dernier acte de Mercœur, partition d’un noble embêtement, faisait chanter des voix en si-majeur sur un accompagnement d’orchestre en mi-bémol.
Ce passage tout pétillant d’esprit s’intéresse surtout à la « Gounodyssée », histoire touchante et ridicule du séjour que fit à l’étranger, en temps de guerre, le musicien de Faust, retenu loin de sa patrie par une Circé anglaise, à laquelle il adressait des strophes enamourées mais vaseuses :
Je veux te dédier, cœur divin, Muse austère ( !)
Ces chants où j’ai parlé notre langue à tous deux.
Prends-les et donne leur ta voix qui, sur la terre,
Est un écho des cieux…
Pauvre Gounod sentimental et sensuel ! Jamais artiste d’esprit faible et de chair forte ne fut plus habilement chambré ! Longtemps, le plus longtemps possible, Georgina Weldon, secondée à merveille par son businessman de mari, employa tous les moyens imaginables, tous, sans exception, pour garder le Maître français chez elle, en Angleterre, pendant qu’il composait Polyeucte, dont elle se voyait déjà l’interprète.