— Comme ça, « il » vous a retenu à déjeuner ? Bon, bon… Et après le déjeuner, qu’avez-vous fait ?

— Nous avons pris du café, oh ! un café très remarquable.

Le vieux peintre me lança un regard de reproche si triste que j’eus honte de ma taquinerie. Tout de suite, je repris :

— Il m’a montré les plus belles toiles que j’aie vues de ma vie.

— Oh ! oh ! les plus belles… enfin… passons. Bien entendu, ce monsieur a disserté sur mes œuvres, il a vanté son flair d’acheteur, il vous a expliqué ma peinture, il…

— Non. Il n’a rien dit du tout.

Surpris, satisfait, Degas resta un instant silencieux. Puis, la figure éclairée d’un sourire inhabituel :

— Rien du tout ? Mais, dites-donc, Willy, il se forme !

Devenu presque complètement aveugle, ses derniers jours furent atroces. Il errait dans Paris, inconnu des passants qui le bousculaient, lamentable Œdipe sans Antigone.

Quand je pense qu’un crétin de bochophile louangeur salarié des rapins auxquels il carotte des pochades, ose reprocher à Degas son « mépris de la Presse » ! Comme si tous les peintres, les bons et les mauvais, ne la méprisaient pas, ouvertement ou non. Une preuve entre mille :