(2 Az03Ag + K2S = 2 Az03K + Ag2S)

l’air plus que jamais avantageux, « matamoréas » comme nous disions au Quartier Latin.

« Garçon, un second bock ! » On parla d’autre chose. Il ne fut plus question de métrique jusqu’au moment du départ, où le poète me recommanda d’un air détaché : « Ne raconte pas ça… Ils sont si bêtes !… ».

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Peu avant la guerre, j’envoyai à Guillaume Apollinaire quelques anecdotes de ces temps héroïques, rédigées à la hâte ; en retour, il esquissa de moi, dans les Marges un croquis flatteur et flatté : « … Talent spirituel, nourri de bonnes lettres… Il confectionne à souhait les acrostiches satiriques et défend l’hellénisme comme un florentin… ». Une politesse en vaut une autre.

Voici quelques-uns de mes feuillets qu’il dut égarer, je suppose :

Catulle Mendès, gros mangeur, était cependant fin bec. Même, il lui arrivait de cuisiner en personne, comme Alexandre Dumas père, mais sans atteindre à la maîtrise de Gunsbourg-le-Monégasque dont certains macaronis s’avèrent dignes de figurer sur la Table des Olympiens : « Jupiter, s’il était malade, reprendrait l’appétit en tâtant d’un tel mets ».

Volontiers, il mêlait à l’élaboration de ses chefs-d’œuvre culinaires un peu de fantaisie romantique, le vieil éthéromane inoubliablement dressé parmi les Fantômes et Vivants de Léon Daudet ; c’est ainsi qu’un soir il convia quelques amis à déguster un plat de cèpes à la provençale préparés par ses soins et dans lequel il entrait, Dieu me pardonne, plus d’ail que de champignons !

Il y avait là le très érudit Gustave Kahn au masque mongol ; le verveux Courteline pour la moindre fantaisie duquel je donnerais tous les in-folios des « penseurs » professionnels ; Lucien Descaves, parigot réfléchi, perspicace et buté. Qui encore ? Paul Arène, un petit homme de Sisteron, qui avait un joli talent en Provençal et un exécrable caractère en français… Mendès exultait : les deux coudes sur la table, les cheveux en désordre, sa barbe blondie toute brillante de graisse reposant sur une lavallière de surah crème, tachée de bourgogne, il pérorait, la bouche pleine, sur la poésie, la cuisine et l’amour.

(Or, cela se passait en des temps très anciens, Daniel Wilson, député d’Indre-et-Loire, ayant vendu trop de décorations, son beau-père, le Jurassien Grévy, avait dû, souffleté par l’indignation populaire, quitter l’Elysée bien malgré lui. Dans la rue, on entendait brailler les camelots vengeurs : Ah ! quel malheur d’avoir un gendre !…)