— Merci, maître. D’ailleurs, j’espère bien que vous n’avez jamais lu ces niaiseries…
— Détrompez-vous ! Je peux même vous citer une de vos comiques boutades.
— Non, non, je n’y tiens pas !
— Mais si. C’était très drôle et très juste, ma foi, car en ce temps-là je ne sais quel donjuanisme m’incitait à me vanter immodérément de mes succès féminins, à la vérité nombreux. Et je me souviens que dans un article amusant… si, si, mon cher Willy, il était fort amusant… vous compariez le talent des écrivains en vogue à diverses boissons. Armand Silvestre était assimilé, par votre verve caricaturale, au « vespétro » et Léon Cladel, dont vous blaguiez la chevelure hantée, au « piquepoux ».
— C’était d’un goût exécrable.
— Laissez-moi finir : Coppée vous rappelait « le p’tit bleu de Suresnes ». Quant à moi, vous m’appeliez, j’en ris encore ; Ah ! ah !… Vous m’appeliez « le vain du rein ».
....... .......... ...
Evidemment, Mendès eut toujours cette faiblesse de raconter les conquêtes qu’il prétendit remporter toute sa vie, même après avoir dépassé depuis longtemps l’âge où « il portait fièrement la honte d’être beau ». Il avait composé une ballade au refrain vantard : « Quand j’ai fini je recommence ». Malheureusement pour lui, plusieurs amies s’appliquaient à détruire malignement cette trop flatteuse légende ; leur rosserie déclarait les amours du poète et sa littérature également inconsistantes.
Il y a une trentaine d’années, même davantage… voyons, je venais de me marier, c’est bien ça… j’habitais alors rue Jacob, 28, une morne maison sur laquelle on n’attend que mon décès pour apposer une plaque de marbre. Donc, en 1893, une étudiante russe en visite chez moi interrogea Marguerite Moreno, qui bavardait dans un coin avec ma femme, sur ce sujet délicat :
— Dites, chère amie, est-ce que vraiment ce poète Catulle Mendès est un amant extraordinaire ?