N’oublions pas un fait essentiel. Pour se préserver de l’approche de ces fées maudites, il suffit de porter sur soi un brin de marrube ou d’origan. Que ceux qui projettent de visiter les bords du Rhin se tiennent pour avertis. Avant de prendre leur passe-port, ils doivent se présenter d’abord chez l’herboriste.


La Nixe à la harpe.

La seconde classe des Nixes, la seule intéressante, les Ondines, sont, autant que j’ai pu me rendre compte de leur nature ambiguë, les âmes errantes des pauvres filles qui, par désespoir d’amour, se jettent dans le Rhin; et trop souvent le pauvre amour allemand, à bout de courage, va demander asile au suicide.

D’après les renseignements un peu confus puisés dans mes auteurs ou dans mes entretiens intimes avec la famille Rosahl, les Ondines, nées mortelles, bien inférieures en puissance aux Nixes véritables, vivent sous l’eau le même temps qu’elles auraient vécu sur la terre, si, volontairement, elles n’avaient pas abrégé leur existence. C’est là pour elles une résurrection conditionnelle, un purgatoire anticipé où trop souvent elles expient, sinon la faute de leur amour, du moins celle de leur mort.

Dans les abîmes du fleuve, au fond de ces grottes toujours submergées, se tient un tribunal secret présidé par le grand Nichus qui les soumet à sa discipline impitoyable, comme le prouvent surabondamment une foule d’histoires sinistres, entre autres celle des trois Ondines de Sinzheim, rapportée par les frères Grimm à la date de 1806.

Trois jeunes filles d’une merveilleuse beauté, trois sœurs, se montraient chaque soir à la veillée d’Epfenbach, près de Sinzheim, et prenaient place parmi les fileuses de lin. Elles apportaient des chansons nouvelles et de jolis contes inconnus au pays. D’où venaient-elles? On l’ignorait sans oser s’en enquérir, dans la crainte de paraître se tenir en défiance à leur égard. Elles étaient la joie de ces réunions; mais aussitôt que sonnaient dix heures, elles se levaient, et ni prières ni supplications ne pouvaient les faire demeurer un moment de plus.

Il arriva qu’un jour le fils du maître d’école, amoureux de l’une d’elles, pour mettre obstacle à leur départ, s’avisa de retarder l’horloge de bois qui devait sonner l’heure de la retraite.