Ceci admis, reconnaissons-le hautement, si les premiers venus parmi les Celtes n’avaient emporté avec eux, des bords de l’Indus et du Gange, que quelques rêves d’un naturalisme malsain, propagés hors du temple par la foule des faux docteurs, c’est dans le temple même, c’est-à-dire dans les confidences suprêmes de l’initiation, que les druides avaient connu la vérité, la vérité vraie au sujet de la divinité.
Leur doctrine reposait sur cette triple base:—un Dieu unique;—L’immortalité de l’âme;—Récompense ou châtiment dans une autre vie.
Ces croyances salutaires, aussi anciennes que le monde, fondement de la morale humaine, avaient de tout temps été adoptées par les sages.
Plus tard, les Grecs, quelque fiers qu’ils fussent de leur philosophie platonicienne, n’hésitaient pas à déclarer qu’ils en avaient puisé le germe chez des peuples barbares, les Celtes, les Galates, c’est-à-dire les druides. Un père de l’Église, Clément d’Alexandrie, reconnaît hautement que ces mêmes Celtes ont marché dans la voie droite de la religion, du moins quant aux dogmes.
Quel nom les druides donnaient-ils à l’Être suprême? ils le nommaient Ésus, c’est-à-dire le Seigneur, ou le désignaient par ce simple appellatif, Teut (Dieu). C’est par Teut que les peuples de la Germanie sont devenus les Teutons, les fils, les sectateurs de Teut; aujourd’hui encore, en langue allemande, ils ne portent que la dénomination de Teutsch, Teutschen.
Trois maximes d’un grand laconisme composaient à elles seules presque tout le catéchisme des druides:—Sers Dieu.—Abstiens-toi du mal.—Sois vaillant.
A la fois guerriers et pontifes, les druides, dans l’exercice de leur sacerdoce militaire, déployaient toute la force, toute la rigueur, toute l’autorité que peut comporter cet étrange accouplement de mots.
Réunissant tous les pouvoirs dans leurs mains, parlant au nom de Dieu, commandant les armées, gardiens du trésor public, exerçant les fonctions de juges, même celles de médecins, ils châtiaient à la fois l’hérésie et l’insubordination, et mettaient fin aux procès comme aux maladies, toutefois plus souvent par la mort du malade que par celle de l’accusé.
D’après leur législation, libérale et philanthropique malgré sa rigueur apparente, un jury, composé de notables, connaissait des crimes importants; l’idée d’un jury fait supposer facilement l’admission de circonstances atténuantes; aussi le coupable en était-il presque toujours quitte pour une forte amende s’il était riche, pour l’exil s’il était pauvre.
Cependant, malgré tous les efforts des druides, l’ancien culte des arbres n’avait pu être entièrement anéanti; ils résolurent d’en adopter un, à l’exclusion de tous les autres, un seul, qui ralliât autour de lui les hommages dispersés des populations. Cet arbre officiel, sorte d’autel verdoyant où Dieu venait se manifester à ses prêtres, ce fut un chêne, un chêne robuste et vigoureux, le roi des forêts.