Par bonheur pour lui, un bateau flottait près de la rive; il le détacha, s’empara de la rame, regagna Filsen et dit au comte:

«Monseigneur, une Nixe s’est opposée à mon voyage.»

Le comte ne croyait pas aux Nixes. Il dépêcha un autre messager. A celui-ci comme à celui-là advint pareille mésaventure.

Le jour du mariage était fixé; le comte passa outre, quitte à ne se présenter à l’autel qu’avec un maigre cortége.

Un matin, quand il traversa le fleuve de la rive droite à la rive gauche pour rejoindre sa fiancée, une tempête subite se déclara. Il crut voir sortir des flots une figure pâle, qui, pesant sur l’avant de la barque, essayait de l’entraîner au fond du gouffre. Devenu taciturne, il appela à lui son majordome, et le chargea de s’enquérir de ce qu’était devenue une certaine fille du voisinage, Gottlieb de Braubach.

«Je l’ai rencontrée il y a quelques jours à la chapelle de Saint-Marc, dit le majordome, et lui ai même offert de l’eau bénite. Gottlieb s’est informée près de moi de votre prochain mariage, monseigneur. Elle était bien portante et d’assez belle humeur.


—Va la trouver sur-le-champ, dit le comte, et rapporte-moi de ses nouvelles.»