Autrefois les Zotterais protégeaient les troupeaux de moutons contre la tique et contre l’emmêlure, comme le prouve leur nom, qui vient de zotte (flocon de laine). Alors tout donne lieu de le penser, d’après les habitudes de ce petit monde bienveillant, les toisons étaient plus blanches et mieux peignées qu’aujourd’hui, mais les éleveurs eurent cette malheureuse idée (par avarice peut-être) de faire tondre leurs troupeaux sans laisser aux béliers et aux brebis une mèche pendante, avec le nœud indispensable. Irrités de cet oubli, qui ressemblait à de l’ingratitude, les Zotterais abandonnèrent les moutons pour les chevaux. D’ailleurs ils ne vivaient pas en bonne intelligence avec les chiens des bergers.
Il nous reste à parler du plus important, du plus extraordinaire des esprits familiers, et que nous ne pouvons nous dispenser de comprendre dans cette catégorie, puisqu’il ne représente rien moins que le fils de la famille, l’enfant de la maison lui-même. C’est le Killecroff ou suppositus.
Ce dernier nom lui vient de ce que ce soi-disant fils de la maison n’est en effet qu’un enfant supposé, un enfant mis à la place de l’héritier légitime.
Cet enfant légitime qui l’a enlevé de son berceau pour lui substituer un Killecroff et de celui-ci quel est le vrai père?
A cette double question une même réponse: «Le Diable!»
Nous avons évité jusqu’à présent de toucher aux choses de la sorcellerie; par malheur, elles n’appartiennent pas plus aux bords du Rhin qu’aux bords de la Seine ou de la Tamise; mais les Killecroffs, ces fils du Diable, censément conçus au milieu des orgies du sabbat, ont eu sur la terre leur existence réelle; suppositi ou non, ils ont joué leur rôle dans le monde et même laissé une postérité parfois illustre.
De même que le roi suédois Vilkins et le roi des Francs Mérovée se glorifiaient d’avoir pour père un dieu aquatique, l’illustre famille de Haro, celle des Jagellons se vantaient de descendre du Diable, sans doute par les Killecroffs, et portaient dans leurs armes quelque emblème de l’enfer.