A quoi peut-on reconnaître le véritable Killecroff, que, bien à tort, on a mis d’abord au rang des Kobolds?

Dès son début dans le monde, le Killecroff excite l’étonnement, parfois l’admiration de ses prétendus parents; il tette de si grand appétit qu’à sa nourrice il faut adjoindre deux chèvres et une vache, comme au célèbre Gargantua; on le sèvre, nouvelle surprise! Il avale la soupe à pleine soupière, «comme pourraient faire deux paysans et deux batteurs en grange,» nous dit en propres termes


un homme célèbre. Il grandit, tout est tapage autour de lui, il excite les querelles non-seulement entre les domestiques, mais entre ses parents. Arrive-t-il un événement fâcheux, il éclate de rire; vienne pour la famille un jour de fête, il pousse des cris de détresse. Dans l’appartement, du matin au soir, il court, il galope, à cheval sur un bâton ou sur une broche, escaladant les tables, les meubles, brisant tout sur son passage, se brisant un peu lui-même, agaçant les chiens, les chats de la maison, même le perroquet sur son perchoir; les faisant piailler, miauler, hurler; courant à l’écurie, il enfonce une aiguille dans la croupe du cheval pour le voir gambader, riposte aux ruades, fait sauter les portes et les serrures à coups de bûches; dans le jardin, jouant le rôle d’ouragan, il détruit, il renverse, il arrache tout; dans la basse-cour, il tord le cou aux poules et marche sur les petits poulets; dans la cuisine, il soulève volontiers les couvercles des casseroles, assaisonnant à nouveau les mets à sa fantaisie, avec du sel, du poivre, de la cendre, du poussier, de l’huile, du vinaigre, de la moutarde, du sable ou de la sciure de bois, et ne s’éloigne qu’après avoir tourné le robinet des fontaines.