S’il arrive un visiteur, il en prend possession; au salon, il se place entre ses jambes, lui marche sur les pieds, lui défait les boutons de son gilet, les cordons de ses souliers, les boucles de ses jarretières; il se démène, il le presse, le broie, le torture; il le pince, l’égratigne. Cependant sur cette légère observation de sa mère qu’il peut devenir incommode pour monsieur, en fils soumis, il laisse monsieur tranquille, après lui avoir toutefois rompu la chaîne de sa montre, pris sa canne et enlevé ses lunettes; la canne, il la laisse, par mégarde, tomber dans le puits; les lunettes, il ne sait plus ce qu’il en a fait. Et quand le pauvre monsieur, ahuri, crispé, agacé, hébété, se retire, il trébuche du haut en bas de l’escalier, grâce à un bout de corde tendu par son petit ami le Killecroff.
Les Killecroffs sont généralement adorés de leurs parents. Par bonheur, ils vivent peu.
L’homme célèbre, déjà cité, déclarait au prince d’Anhalt que, s’il était souverain comme lui, il se hasarderait à devenir homicide en pareil cas, et ferait jeter dans la Moldau tous ces fils du Diable!
Cet homme célèbre, qui croyait si fort aux Killecroffs, qui croyait de même au Butzemann, aux Kobolds, aux Nixes et aux Ondines, qui voyait un diable dans chaque mouche qui venait boire son encre ou se percher sur son nez, c’est encore maître Martin Luther.
Le grand réformateur en combattant les superstitions des papistes me semble s’être peu préoccupé de se guérir des siennes.
Mais parmi ces illusions au milieu desquelles il semblait se complaire, il en est une, une charmante cette fois, née de la religion chrétienne elle-même et que je ne puis, il me semble, passer sous silence en parlant des esprits familiers.
Il s’agit des Anges gardiens.