Un savant et spirituel académicien, M. Alfred Maury, dans son beau livre de la Magie et l’Astrologie, nous apprend que, d’après la doctrine égyptienne, une étoile particulière indiquait la venue au monde de chaque homme, et pour l’attestation du fait, il nous renvoie à Horapollon, dans son Traité des hiéroglyphes. Nous préférons de beaucoup nous en rapporter à M. Alfred Maury, qui ajoute: «Cette croyance existe encore chez les populations rurales de certaines contrées occidentales, et notamment en Allemagne.»
Il est possible que, dans diverses contrées de l’Allemagne, chacun ait encore foi en son étoile; nous le croyons, puisqu’il nous le dit, mais dans presque toutes l’étoile a été remplacée par l’ange gardien, l’ange blanc, comme on l’appelle, personnage bien plus séduisant, et autrement intime et sympathique. L’Ange blanc est mieux que le genius loci, il est le genius personalis.
Sans entamer une dissertation à propos des Anges gardiens, aujourd’hui quelque peu reniés par l’Église, nous nous empressons de rapporter ici, comme complément à ce chapitre sur les esprits familiers, une légende, sous forme d’apologue, ou un apologue sous forme de légende, que nous avons été assez heureux pour recueillir nous-même d’une jolie bouche véridique.
«.... Une forme blanche apparut aux yeux de la jeune fille comme elle s’éveillait.
«Je suis ton Ange gardien.
—Alors les vœux que je formerai, tu les exauceras?
—Je les porterai aux pieds de Dieu. Compte sur mes bons offices. Quels vœux formes-tu?
—Ange blanc, toujours manier le fuseau me fatigue, m’ennuie, et mes doigts se durcissent à tel point qu’hier, à la fête, mon danseur aurait pu croire tenir dans sa main une main de bois.
—Ton danseur, n’est-ce pas ce beau cavalier de la Hesse? Hier, ne t’a-t-il pas dit qu’il aimait tes yeux bleus et tes cheveux blonds, et que, si tu voulais le suivre, il te ferait baronne?
—Ange blanc, fais que je sois baronne.»